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LA MAISON DE BARBERINE

Les patronymes vallorcins

26 Juillet 2005 , Rédigé par Michel Ancey Publié dans #Patois - Etymplogie

Si le nombre des noms de famille vallorcins reste constant à époque ancienne (une quinzaine), ils sont assez variables: pas de Semblanet par exemple, au 16e siècle, mais des Mollard et des Tournier. Pour établir la liste, j'ai choisi d'étudier des noms ayant figuré au moins trois siècles dans la vallée. Il y en a 13 attestés dans le dénombrement du Prieuré en 1561 (1) et que l'on retrouve au 18e siècle. Trois autres (Crot, Semblanet, Velet) n'apparaissent qu'au 17e siècle mais se trouvent auparavant dans une autre paroisse du Prieuré. Enfin j'ai ajouté à la liste Chamey, cité dans les tabelles de 1730 et qui a donné le Chamel de nos jours fréquent.

Aucun de ces noms n'est menacé d'extinction. Plus de Charlet au Couteray, mais beaucoup à Chamonix (c'était d'ailleurs le nom le plus courant dès 1561). On trouve aussi des Pache, des Semblanet dans le canton, des Roux à Saint Nicolas.

Ces noms sont d'ailleurs souvent répandus en France: les Ancey ne sont pas rares en Saône-et-Loire, les Bozon et surtout les Claret très nombreux hors de Savoie, sans parler des Charlet bien plus fréquents dans le Nord que chez nous, ou des Vellet de Genève, des Vouilloz de Finhaut ou des Ançay de Fully (cf. le Répertoire des noms de famille suisses). Cela est dû selon les cas à l'émigration ou à de simples homonymies.

Pour l'explication qui suit, j'ai adopté la répartition habituelle en quatre catégories.

 

Noms individuels ou prénoms

Aucune difficulté à expliquer Charlet, diminutif de Charles, issu de l'allemand Karl. Vouilloz ne pose pas non plus problème. Notons seulement que le z final (comme celui de Devillaz), bien qu'attesté au 16e siècle, est une simple fioriture et qu'il n'y a aucune raison de le prononcer, sauf pour faire "comme les étrangers". Les tabelles l'écrivent d'ailleurs Veuliod, Veuilliot, Veuillod, Vulliod; on trouve aussi plus tard Vuilloux ou Vullioux, remarquables variations qui montrent et la difficulté de transcrire la mouillure du l et même de noter la voyelle finale après l'accent. Cela dit, cette forme avec ses variations (et d'autres comme Vuillet) est un diminutif du prénom allemand Wilhelm qui donne en français Guillaume et d'autres diminutifs comme Guillet ou Guillot. Le sens originel évoque la volonté et la force.

Certains veulent expliquer Mermoud par la même origine. Ce patronyme est très fréquent en Savoie sous diverses formes comme Mermet, Mermoux ou Mermoz (graphie de 1561). Il faudrait y voir les dérivés Guilhermet ou Guilhermot eux-mêmes abrégés en Lhermet ou Lhermot et, par assimilation des consonnes, Mermet, Mermot, etc. Cependant on peut se demander si un même prénom a pu donner chez nous un ensemble aussi abondant (voir plus loin).

Quant à Ancey, beaucoup moins répandu à époque ancienne (une seule mention en 1561) que de nos jours, et dont la graphie flotte d'Ansaye (1561) aux Ansai ou Ansay des tabelles, c'est un nom à la fois obscur et susceptible de bien des hypothèses. Fenouillet (les Noms de famille en Savoie, 1893) l'explique par un nom latin Ancius que je n'ai pas retrouvé ailleurs. Solin-Salomies proposent un Antius et M. Th. Morlet cite Anseis et Anseisus, formés sur le radical germanique de la divinité païenne Ans (le prénom Ans-helm, le casque ou la force d'Ans, a la même origine).

D'autre part un manuscrit chamoniard de 1459 (cf. reproduction p. 17) relate le procès fait à "Henrietta, uxor Petri Onsesii", ce que Perrin (dans ses Documents relatifs au Prieuré, vol. 2) traduit par "Henriette, femme de Pierre Onsey", et Paul Payot (au Royaume du Mont-Blanc) y voit une "Henriette Ancey". Le rapprochement est tentant, mais est-il justifié? Anseisus cité plus haut (et attesté hors de Savoie) a pu donner, vu le flottement des nasales et par déplacement de l'yod, Onsesius, mais cette finale en -esius ne peut guère évoluer vers -aye ou -ey. Les clercs rédacteurs de l'acte de 1459 ont-ils latinisé à leur fantaisie la forme populaire? On ne peut l'affirmer, de même qu'on ne peut expliquer Ancey par l'Anseis beaucoup plus ancien, en l'absence de chaînons intermédiaires.

Dès lors, il paraît plus raisonnable de recourir à une explication en partie différente, en rapport avec le prénom Anselme précisément. La terminaison -helm, déjà vue, et qui se retrouve dans de nombreux prénoms (Anthelme, Ethelme, Sancelme) s'est affaiblie dans le cas de Wil-helm pour donner Vuillet ou Guillet (cf. plus haut). On peut faire le même rapprochement entre Sancelme et le toponyme Sancey dans le Doubs. Pourquoi ne pas voir dans Ancey (ou même Ansaye) une évolution analogue du prénom Anselme, d'ailleurs assez répandu en Savoie (cf. A. Gros, Dictionnaire des noms de lieu de Savoie, pp. 30 et 104)? Notons d'ailleurs que, sans citer Ancey, Dauzat n'exclut pas d'expliquer parfois Ancel de la façon que je viens de suggérer (Supplément, p. 606).

Pour Bozon (ou Boson), c'est un nom de personne très ancien, celui par exemple du roi de Bourgogne, beau-frère de Charles le chauve, mort en 887. Le terme est à l'origine formé sur la racine germanique de l'adjectif böse (méchant, malin). Naturellement le sens originel était sans doute complètement effacé quand on est passé du nom individuel au nom de famille. A noter d'ailleurs que dans le dénombrement de 1561 c'est la forme Bosson que l'on trouve (cf. aussi Bossoney), ce qui signifie épicéa en patois. Simple erreur de graphie? Certains considèrent d'autre part que Claret peut être un diminutif du nom de saint Clair, qu'il faut lui-même expliquer (voir plus loin).

 

Noms géographiques

La tradition à Vallorcine considère volontiers Berguerand comme l'un des plus anciens noms de la vallée. Cependant aucun auteur français ne l'explique ni même ne le signale. L'érudit valdôtain Berton, pour sa part, a fait un relevé des familiaires de la région de Courmayeur et il note à la Thuile plusieurs Bergairand. Il explique ce nom par la racine germanique Berg et traduit par montagnard, ce qui paraît vraisemblable. Le suffixe -and ou bien -rand est connu (la Frasse, lieu planté de frênes, donne le nom de famille Frasserand et le hameau près de Montroc). Les Berguerand (ou Bergairand, quasi-homonymie, à moins qu'il n'y ait eu immigration dans un sens ou dans l'autre) pourraient ainsi représenter ces montagnards germanophones du Haut-Valais, ces Theutonici auxquels la moitié de la Vallis Ursina est accordée dans la charte d'albergement de 1264. Signalons cependant que les tabelles, à côté de nombreux Berguerand, citent un Marguerand et plusieurs Margueron(d). Simples erreurs de graphie encore?

Quant à Ancey, le mystère s'épaissit si on fait le rapprochement (fort risqué) avec le village homonyme situé dans les environs de Dijon. Dauzat l'explique par un Antiacum dérivé du nom d'homme Antius. Les Ancey de Saône-et-Loire, s'ils ne descendent pas d'immigrés vallorcins, peuvent à la rigueur s'y référer; quant à nous, l'éloignement paraît l'interdire.

D'autres noms n'ont rien d'énigmatique. Les Dunant (ancienne orthographe de ce vieux nom vallorcin), peu nombreux à époque ancienne (trois feux en 1561, quatre dans les tabelles), tirent leur nom du hameau sis près du Nant de l'Aup (cf. E v'lya n° 1). Quant aux Devillaz, une explication analogue est plus douteuse: il y a en 1561 deux fois plus de Devilla à Vaudagne (6) qu'à Vallorcine (3). Même si cette famille est implantée depuis fort longtemps dans le hameau de la Villaz en particulier, on peut seulement dire de ce nom (qui prend dans les tabelles les formes Deviliat, Devilliat, Divilliat, et jamais de -az) qu'elle désigne à l'origine les habitants d'une "villa", maison paysanne ou ensemble de cette sorte (cf. E v'lya n° 2). De même, les Crot (ou Croux, ou Croz) ne sont pas les habitants originels du hameau sis dans un creux caractéristique (cf. E v'lya n° 2): ils n'arrivent à Vallorcine qu'au 17e siècle, et c'est d'ailleurs comme Ducrot un patronyme courant.

 

Noms de métier

Un seul nom vallorcin est assurément un nom de métier: Tournier (ou Tournis), qui signifie tourneur. C'est le nom le plus fréquent de la paroisse en 1561 (15 mentions contre 12 à Claret et 9 à Mermoz). A l'époque des tabelles, on le trouve encore, ainsi que le composé Claret-Tournier, mais il s'agit de propriétaires qui n'habitent plus la vallée -- et cela ne signifie pas que l'usage des tours de potier était fréquent avant d'être abandonné. Le sens premier du nom était sans doute bien oublié.

On m'a suggéré d'expliquer Burnet en rapport avec la fabrication des cheminées en bois, les bournes ou burnes, mais ce n'était pas un métier distinct de celui de menuisier, d'ailleurs pratiqué par tous, et il existe une explication plus simple. De même nous rejetterons l'étymologie qu'un service de Minitel indique pour Ancey, qui viendrait d'ancillus, serviteur. Ce terme a donné soit Ancel, soit, après vocalisation, Anceau; le reste est fantaisie. Je ne crois pas non plus à l'une des deux explications que Fenouillet et Cellard donnent pour Claret, dérivé de Clair qui se serait confondu avec clerc, homme d'église. Je proposerai plus loin une étymologie plus simple et plus plausible.

Reste le mystérieux Pache (on trouve aussi Page dans les tabelles, mais ce n'est sans doute qu'une graphie de hasard). Fenouillet est certain de son fait. Il nous renvoie à un nom latin Pactius (invérifiable) et traduit par notaire. Quant à Dauzat, plus prudent, il rappelle que le pache est en ancien français un pacte, un traité (cf. le verbe latin pangere, qui a aussi conduit au pach allemand); il ajoute "le sens du surnom est obscur." Comment peut-on en effet qualifier un homme à partir d'un terme abstrait? On peut cependant se demander s'il n'y aurait pas là une sorte de métonymie, procédé qui consiste à désigner une réalité par une autre ayant un rapport déterminé avec la première. Ici l'individu aurait été désigné par sa fonction, il se serait signalé par tel pacte conclu ou il aurait eu pour fonction d'en conclure; il s'agirait alors sinon d'un notaire, tout au moins d'un vendeur, d'un maquignon par exemple.

 

Surnoms

Revenons à des eaux plus tranquilles avec la catégorie des surnoms dont beaucoup sont faciles et courants; surtout Roux qui désigne à l'origine un individu reconnaissable à la couleur de ses cheveux. Ces caractérisations physiques se retrouvent aussi dans Claret, l'homme au teint clair (mais le latin clarus signifie aussi illustre; un Claret pourrait donc avoir été à l'origine un personnage célèbre) et dans Burnet (qui est initialement Brunet), l'homme aux cheveux bruns ou au teint sombre. C'est la forme Brunet que l'on trouve en 1561 et les tabelles hésitent entre les deux. Il y a là ce que l'on appelle une métathèse, une inversion de sons: c'est ainsi que le col de l'Encrenna était nommé par A. Charlet de Trélechamp le col d'Inkerna. Signalons enfin qu'il y avait une famille Blanc à Vallorcine au 16e siècle.

D'autre part, il n'est pas rare que les surnoms soient empruntés au monde animal. Un Velet, ou plus couramment Vellet, est ainsi nommé parce qu'on le compare pour son allure fantasque à un jeune veau. Quant au Chamey devenus Chamel, cet l final ne doit pas induire en erreur. Il faut expliquer le patronyme non en référence à camelus le chameau, mais à camox le chamois. Ce surnom a dû marquer à l'origine une ressemblance entre l'agilité d'un individu et celle de l'animal.

Revoici Mermoud, qui est très probablement un dérivé de merme, adjectif ancien issu du latin minimus, qui signifie très petit ou le plus petit. L'abondance même de ce nom dans nos régions, avec ses variantes, fait sans doute allusion à la petite taille fréquente de certains Savoyards, population plus robuste qu'élancée. Cependant le terme peut aussi désigner le plus jeune d'une famille, le mineur orphelin, etc. Ces raisons physiques ou sociales me font préférer cette explication à la première.

Il ne reste plus que le nom "bien de chez nous" des Semblanet, qu'aucun dictionnaire n'explique ni ne mentionne. Le plus raisonnable serait sans doute d'avouer son impuissance. Je vais quand même risquer une hypothèse, en partant du suffixe -net ou -nay(e), fréquent dans nos régions (cf. Bossoney, de Bosson, ou Jordanay, en face de Jordan). Cela nous conduit à une forme simple Semblant, non attestée comme patronyme, je le reconnais, mais peut-être n'est-il pas absurde d'en tirer un sobriquet Semblanet, qui aurait désigné à l'origine un individu aimant à faire semblant, soit pour dissimuler sa pensée, soit pour plaisanter. Ce n'est qu'une suggestion.

En tout cas, l'ensemble des noms vallorcins est, comme on l'a vu, fort divers d'origine et va du plus facile à expliquer au plus énigmatique. J'ai fait le tour des explications connues et proposé quelques hypothèses. Le dossier n'est pas clos.

Michel Ancey

(1) Je me suis référé aux travaux de Maurice Gay des Pèlerins, que je remercie pour ses informations érudites.

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"Fô alâ icoure"

26 Juillet 2005 , Rédigé par Michel Ancey Publié dans #Patois - Etymplogie

Fô alâ icoure

Il faut aller battre

Atrô cou tote li mèzon ayan d'blâ eu regâ.

Autrefois toutes les maisons avaient du blé dans la grange (à blé).

L'blâ ére raeutrâ l'ôtan é septaeubro.

Le blé était rentré à l'automne, en septembre.

Eu mè d'novaeubro, apré avè fè l'bouè, y ére l'uvre di z om: fôchè icoure.

Au mois de novembre, après avoir fait le bois, c'était l'ouvrage des hommes: il fallait battre (les céréales).

I prègnè preu de taeu pè fâre chly uvre é y ére tote on savè fâre.

Ça prenait beaucoup de temps pour faire ce travail et c'était tout un savoir-faire.

L'tsapon (trè dzevale) ére dilyètâ, la dzevala assebin é dèssirâ.

Le "tsapon" (réunion de trois javelles ou bottes) était détaché, la javelle l'était aussi, puis desserrée.

L'dzévale ére pozâ daeu l'fouè, ina la téta don lâ, l'atra a l'atro,

Les javelles étaient placées dans le fouè (aire de battage), l'une la tête d'un côté, l'autre de l'autre,

l'piâ pi pré de l'ipanda, pè c'lou z ipi chan maeu pré d'la r'va.

le pied (de la javelle) plus près de la paroi (du fouè) pour que les épis soient moins près du bord.

L'blâ bin daeu l'fouè, i y ayè pamé c'a bouchi dechu avoué l'iflèyé.

Le blé bien placé dans le fouè, il n'y avait plus qu'à taper dessus avec le fléau.

Decou l'bouè de l'iflèyé bouchive contra l'ipanda deu fouè é arétâve la cadansa; i se pèrseviè daeu to l'vlazo (on dijè: "Y ére on apraeuti").

Parfois le bois du fléau frappait contre la paroi du fouè, ce qui arrêtait la cadence et s'entendait dans tout le village (on disait: "C'est un apprenti").

Pè fâre pi vito, on poyè fâre a dou: s'teni de coute, avanchi é mimo taeu, bouchi avoué l'iflèyé l'on apré l'atro, é pa s'le fotro pè lou code.

Pour aller plus vite, on pouvait travailler à deux: se tenir côte à côte, avancer en même temps, frapper avec le fléau l'un après l'autre, et ne pas s'en donner un coup sur le coude.

Apré avè tapâ l'blâ d'on bè à l'atro deu fouè, fôchè r'viri li dzevale saeu dechu dezô.

Après avoir tapé le blé d'un bout à l'autre du fouè, il fallait retourner les javelles sens dessus dessous.

Y alâve miô pè icoure can l'taeu ére sè é frè; avoué la plodze, lou gran colâve a l'épi.

Cela allait mieux pour battre quand le temps était sec et froid. Avec le redoux, les grains collaient à l'épi.

Can y ayè pamé d'gran daeu lou z ipi, la palya ére voutâ avoué la fourtse é bouè é mèssâ é dzirba.

Quand il n'y avait plus de grain dans les épis, la paille était enlevée avec la fourche en bois et mise en gerbe.

Pé fâre la dzirba, dou lin éran pozâ é travèr deu fouè; fôchè fâre le lin avoué la palya: avoué la palya de sèla y ére preu éjâ é le lin ére solido;

Pour faire la gerbe, deux liens étaient posés en travers du fouet; il fallait faire le lien avec de la paille: avec du seigle, c'était très facile et le lien était solide;

avoué l'fromaeu é l'ouèrdzo y arvâve c'a sôtâve é y ére pâ éjâ de refâre can la palya ére é plasse.

avec le froment et l'orge, il arrivait qu'il casse et ce n'était pas facile à refaire une fois la paille en place.

La palya ére araeudjâ é bracha contra lou dzoné, recouarbâ daeu lou bè é mèssâ daeu lou lin:

La paille était arrangée en brassée contre les genoux, rabattue aux deux bouts et mise dans les liens:

dave eu trè brachè, é on lyétâve,

deux ou trois brassées, et on attachait,

é la dzirba ére mèssâ daeu la louye deu regâ.

et la gerbe était placée dans la louye (emplacement réservé à la paille) du regâ (grange à blé).

L'gran sobrâve eu fan deu fouè tanqyè la titse n'ére pa fornètâ.

Le grain restait au fond du fouè tant que le tas (de blé) n'était pas fini.

Can y an y ayè trouè, on l'amassâve eu bè deu fouè.

Quand il y en avait trop, il était amassé au bout du fouè (du côté de l'entrée).

'na dzirba l'matin, dave l'apré-midzouar, y ére s'c'on poyè fâre.

Une gerbe (environ dix tsapons) le matin, deux l'après-midi, c'est tout ce que l'on pouvait faire.

L'gran batu fôchè vanâ.

Le grain battu, il fallait vanner.

L'van pozâ chu la sala, a pou pré on d'mi car d'blâ dedaeu, fôchè é premi levâ l'van avoué lou pougnè, preu ô, l'teni contra l'vaeutro, apré sacoure l'gran on cou don la, on cou dé l'âtro, pè qyè l'gran é r'tombaeu évolâve la peufa é l'balé.

Le van posé sur la salle (chaise spéciale), à peu près un demi-quart de blé dedans, il fallait d'abord soulever le van avec le poignet, assez haut, le retenir contre le ventre, ensuite secouer le grain d'un côté et de l'autre, pour que le grain en retombant fasse s'envoler la poussière et la balle.

L'pi grou vyâ, fôchè brafâ a pla, don la dé l'âtro é s'tègnaeu to couèrbo, pè qyè lou z ipi é li granne de coutèta sortèssa dechu é fôchè li voutâ avoué on pinso fè avoué de plonme de polalye.

Le plus gros parti, il fallait brasser à plat, d'un côté et de l'autre en se tenant bien courbé, pour que les épis et les graines de coutète (mauvaise herbe) ressortent au-dessus du grain et il fallait les enlever avec un plumeau fait de plumes de poule.

On cou vanâ, l'gran ére mèrdza avoué l'car é mè daeu l'icrin.

Une fois vanné, le grain était mesuré avec le quart et mis dans le coffre.

Apré, avoué la potse a gran, on l'r'pragnè pè r'pli la fate pè l'menâ vè l'mouni.

Plus tard, avec la poche à grain, on le reprenait pour remplir le sac qui servait à l'emporter chez le meunier.

Dzozet à la Mandine

Dzozet à la Mandine


Can l'vaeu va chu Outa, praeu ta fô é te vouta. Can l'vaeu va chu Chi, praeu ta fô é va sèyi.

Quand le vent souffle en direction d'Aoste, prends ta faux et va-t-en (quitte le champ). Quand le vent va sur Sixt, prends ta faux et va faucher (proverbe vallorcin).


Note de la rédaction

Comme l'an dernier, le texte en patois a pour auteur Dzozet à la Mandine, mais sa transcription écrite est de notre responsabilité.

Nous avons voulu un texte lisible de tous sans confusion. Chaque lettre correspond à un son unique: ainsi l's se prononce toujours comme dans sol, l'y comme dans Lyon. Pour ne pas trop perturber le lecteur nous avons cependant écrit un s double entre voyelles (cf. amassa) et remplacé le c notant habituellement le son guttural, du Couteray par exemple, par un q devant l'y (cf. pè qyè).

Quant aux voyelles, nous avons distingué à chaque fois l'a (de mal) du â (de mâle) par un accent circonflexe sur ce dernier. L'é (comme dans blé) est toujours noté avec l'accent aigu, l'è (comme dans après ou mais) est toujours écrit avec l'accent grave.

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Activités hivernales: filage et tissage

26 Juillet 2005 , Rédigé par Françoise et Yvette Ancey Publié dans #Outils Vallorcins

 

Cette année, E v'lya propose à ses lecteurs une nouvelle rubrique Vivre à Vallorcine autrefois, dans laquelle nous souhaitons évoquer la façon de vivre de nos ancêtres dans leur travaux, dans leurs loisirs aux différentes saisons. Dans cette optique, nous avons choisi dans ce n° 4 de nous intéresser d'abord au filage et au tissage. Ces activités ont d'ailleurs fait l'objet de l'exposition annuelle du musée l'été dernier.

A Vallorcine, on achetait peu à l'extérieur, aux colporteurs on n'achetait que des rubans, des épingles, des livres, des remèdes... La plus grande partie des outils, des vêtements, des chaussures était faite sur place. Il y avait quelques artisans spécialisés: meunier, forgeron, cordonnier... mais l'essentiel était confectionné par chacun, chez soi, pendant les quatre ou cinq longs mois d'hiver où le travail aux champs était impossible.

La confection des draps, des étoffes, illustre bien cet aspect caractéristique de la vie d'autrefois à Vallorcine. Il n'y a pas si longtemps, lors de la Seconde Guerre mondiale, cette aptitude à se suffire s'est encore manifestée: après une ou deux générations d'interruption, on a filé à nouveau dans la vallée.

 

Le filage

De tous temps filer a été principalement l'affaire des femmes. Filer consiste à transformer des mèches de laine ou des fibres de chanvre ou de lin en fils. A Vallorcine, comme à peu près partout dans le monde, on a utilisé d'abord le fuseau (cf. dessin page suivante) et la quenouille, ensuite le rouet, perfectionnement ingénieux qui a permis une plus grande efficacité du travail (cf. photo ci-dessous).

Filer était certes une nécessité matérielle, mais comme beaucoup des activités de la civilisation paysanne, elle était source pour toute la communauté de contacts humains et d'échanges. Par exemple, pendant l'hiver, le soir à la veillée, les femmes filaient tout en bavardant, en échangeant des nouvelles ou des histoires. Filer était aussi l'occasion de développer une dextérité manuelle remarquable. Celui qui veut apprendre aujourd'hui peut très facilement s'en rendre compte.

A la veillée, les hommes de leur côté trouvaient dans l'activité du filage l'occasion de manifester leur habileté, car ils réparaient les rouets, leur ingéniosité car ils inventaient des perfectionnements au système d'enroulement des fils sur les bobines, etc. Pour d'autres, les fiancés par exemple, le filage permettait de manifester un sens certain du beau. En effet ils offraient à leurs promises des "pieds de quenouille" (supports pour les quenouilles) superbement sculptés de motifs floraux ou géométriques traditionnels dans la vallée (cf. photo de la page suivante). Aujourd'hui encore, ces beaux objets ornent souvent les maisons des Vallorcins de souche ou d'adoption.

 

Le tissage

Tisser consiste à tendre sur un métier des fils de chaîne avec un ourdissoir qui permet d'en préparer une grande longueur, et à entrecroiser des fils de trame de manière à obtenir une étoffe. On tissait aussi bien le chanvre et le lin que la laine. Avec le chanvre on confectionnait surtout les draps, le linge de maison, avec le lin le linge de corps, les chemises, les mouchoirs. En laine, on faisait les couvertures, le drap pour les habits. A Vallorcine on faisait aussi un tissu moins chaud mais plus solide que la laine appelé "mi-laine": la chaîne était de lin et la trame de laine.

Quand on pénètre dans un vieux pêle on remarque souvent des trous dans la paroi de bois et dans le plancher; c'est là que l'on fixait le métier.

Au début de l'hiver, on montait le métier qui avait été entreposé en pièces détachées durant toute la belle saison dans un coin de la maison. On installait ensuite l'ourdissoir arrimé dans le plancher et dans une poutre du plafond et l'on ourdissait le métier. Cette opération était si longue et minutieuse que l'on essayait de la faire le moins souvent possible. On tissait ainsi pour cette raison jusqu'à soixante-dix mètres du même tissu que l'on enroulait au fur et à mesure sur l'ensouple du métier.

Le tissage tout comme le filage, parce qu'effectué à l'intérieur de la maison, resserrait les liens familiaux. Les enfants eux-mêmes associaient leurs jeux à ces activités. Certains de nos anciens se souviennent avec plaisir des parties de manège qu'ils ont faites sur l'ourdissoir.

Le tissage était aussi l'occasion de manifester une certaine fantaisie. Elle s'exprimait en particulier dans la disposition des points, des couleurs. Il existait plusieurs manières de disposer les fils suivant qu'on utilisait le point de "serge", de "toile" ou de "chevron". Les couleurs permettaient aussi d'exprimer sa personnalité. On pouvait employer la laine en son état naturel écru, marron ou noir; ou teindre les fibres grâce à des sucs végétaux ou des produits minéraux en noir, bleu, rouge, rose, violet, vert... En mariant les couleurs de façon personnelle et en variant la largeur des raies, chaque famille obtenait des tissus qui lui étaient propres. Certaines familles montrent encore avec fierté des fragments de "touède" tissés et portés par leurs aïeux.

Autrefois, il était indispensable pour nos ancêtres d'accomplir eux-mêmes de nombreux travaux que nous ne faisons plus aujourd'hui. Ceux-ci, quoique souvent fort pénibles, favorisaient cependant un art de vivre que nous découvrirons à l'occasion d'autres articles.

Françoise et Yvette Ancey

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Histoire d'une cloche

26 Juillet 2005 , Rédigé par Jules Ancey Publié dans #Personnages Vallorcins

Il était une fois un vieux prêtre, l'abbé Claret (1), retiré du saint ministère et revenu dans sa paroisse natale. Ayant probablement une certaine fortune, il avait fait construire près de chez lui une chapelle, presque une église, avec un clocher pourvu d'une cloche unique. Plus tard, le clocher de la chapelle, tombant en ruine, devint dangereux et fut abattu.

Par la suite, la guerre sévit entre la France et l'Allemagne. Il fut question d'assurer la victoire grâce à "l'acier victorieux" (2). La guerre durant, la pénurie était venue et le gouvernement d'alors ordonna que tous les citoyens apportent sur les quais de gare leurs détritus ferrugineux. La cloche fut donc descendue jusqu'à la gare de Vallorcine, où elle échoua inutilisée sur le tas de ferraille de l'endroit. On l'offrit aux établissements Paccard d'Annecy, qui n'en voulurent pas.

Un jour, j'étais avec une équipe en gare de Vallorcine quand je reçus un coup de téléphone de mon chef de dépôt, M. Treuillon. Il me demandait, avec l'aide de mes camarades, de charger cette cloche sur un wagon envoyé pour cela, puis, une fois à la gare du Fayet, de la conduire près de son domicile, dans son jardin; renversée, elle devait faire une superbe vasque. Tout cela fut fait à sa grande satisfaction. Fin du premier acte.

Le curé de la paroisse, M. Domanget, avait construit une église avec clocher, mais démunie de cloche. Passant près du jardin, il s'avisa que cette cloche aurait très bien fait son affaire. M. Treuillon voulut bien la lui remettre. Elle fut, au cours d'un séjour au dépôt du Fayet, munie d'un battant, puis avec l'aide d'une équipe de cheminots, hissée dans le dit clocher. Depuis, la cloche qui avait bercé mon enfance a reçu du renfort, mais elle berce encore mes vieux jours.

Jules Ancey

Jules Ancey est né à Barberine le 28 juillet 1904 (on peut voir sa mère et sa grand-mère arrachant les pommes de terre sur la carte postale reproduite en couverture du n° 2 de la revue). Après avoir contribué à l'installation électrique d'un certain nombre de maisons de Vallorcine dans sa jeunesse, il entra aux chemins de fer en 1937, comme l'avait fait avant lui son père Séraphin. Il prit sa retraite au Fayet.

Il est mort à Mornex le 12 avril 1991, peu après avoir rédigé cet article et contribué à cette revue. Il est le père, le grand-père, le beau-frère ou l'oncle des fondateurs de l'association.

(1) Claude-Louis Claret, né et mort à Vallorcine (1805-1895), curé de Marlioz de 1852 à 1894. Cette même année, il se retira dans sa paroisse natale où il fonda le vicariat. Sa pierre tombale figure au cimetière de Vallorcine.

(2) Slogan fameux de la "drôle de guerre".

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Marie-Longine Claret, épouse Devillaz

26 Juillet 2005 , Rédigé par D'après sa petite fille Marcelle Publié dans #Personnages Vallorcins

Marie-Longine Claret
épouse Devillaz

Marie Claret est née sans doute à Barberine, dans une maison maintenant détruite, sise au-dessus de celle de Camille Ancey, le 15 mars 1856. Elle était la fille de Virginie Claret, née en 1829, et la soeur d'Alexandre Claret, père de Léon qui devint plus tard le propriétaire de l'Hôtel Savoisien à Chamonix, et de Nicolas dit Edouard, qui alla s'installer en Algérie où il fit souche.

Elle épousa le 7 avril 1881 Joseph Devillaz, dit "le petit sergent", bien qu'il n'ait jamais pour sa part effectué de service militaire (il bénéficia au tirage au sort d'une exemption pour future paternité). Le surnom lui venait de son père Joseph, dit pour sa part le Sergent pour avoir effectivement porté ces galons.

Avant son mariage, elle alla travailler comme bonne à tout faire, en particulier dans les hôtels. C'est ainsi qu'elle se rendit, à pied en passant par les cols du Salenton et d'Anterne (une douzaine d'heures), à Sixt et même à Samoens. Elle portait alors sur son dos une petite caisse en arolle contenant ses affaires personnelles. Dans une autre place, à l'hôtel du Châtelard près de Servoz, elle se fit traiter de voleuse, racontait-elle, simplement pour avoir mangé un restant de pommes de terre cuites de la veille.

Elle finit par accumuler trois mille francs d'économies qu'elle apporta en dot lors de son mariage le 7 avril 1881. Cela lui permit de prendre ses beaux-parents en viager dans la maison de Barberine où elle passa ensuite toute sa vie. Cette maison a depuis été nommée la Marie-Joseph en l'honneur des grands-parents par la famille Henri Mugnier.

De ce mariage naquirent onze enfants, tous mâles sauf l'aînée, mort-née. Sur les dix garçons il y eut deux fois des jumeaux dont l'un mourut en bas âge, et sur les huit vivants, sept furent mobilisés à la guerre. Edouard disparut le 13 octobre 1914 à Ecuries dans le Pas-de-Calais. Toute sa vie, sa mère continua d'espérer son retour.

Parmi ses activités, il y avait le jardinage où elle était une vraie pro. On l'appelait "la mam du courti" et les cousins du Plan-Droit venaient chercher chez elle des plantons.

Dans l'armoire de la maison se trouvait, soigneusement pliée, une tunique blanche qu'elle avait elle-même tissée en toile de lin. "C'est l'habit des filles de Marie", disait-elle à sa petite fille, "il faudra me la mettre quand je partirai, avec la croix de bois." C'est ce qu'on a fait au mois d'avril 1938.

Le 15 août de la même année, son mari la rejoignit. Un an plus tard mourait son voisin Séraphin Ancey et avec eux une grande part du vieux village de Barberine.

D'après les souvenirs de sa petite-fille Marcelle,
épouse Mugnier, du vieux Servoz.

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Vallorcine en 1820

26 Juillet 2005 , Rédigé par ? Publié dans #Histoire de Vallorcine

"Valorsine présente des deux côtés de la vallée un assez bel amphithéâtre, où l'on reconnaît la main de l'homme tout à la fois laborieux et simple. De distance en distance on voit sur la pente des montagnes et dans le bas de petits hameaux et des chaumières, qui annoncent qu'il y a là des mortels condamnés à subir la sentence d'un travail pénible. Avec un terrain froid, des glaciers alentour, peu de soleil, beaucoup de nuages, des avalanches qui chaque printemps emportent du terrain, des récoltes et quelquefois des maisons, et qui obligent à des déblais considérables, de quels biens peut-on jouir pour prix de ses peines! Qui voudrait s'isoler du monde entier, vivre dans une parfaite retraite, se contenter de lait et de pain d'avoine, rêver mélancoliquement sur les bords d'un ruisseau, se plaire au fracas de la foudre, éviter le bruit des chars et jusqu'à la vue de leurs moindres traces, peut trouver à Valorsine de quoi contenter ses goûts solitaires.

"Les plus riches, ou plutôt, les moins pauvres des habitans ont des maisons en pierres, dont les murs sont très-épais à cause des avalanches, et les fenêtres très-petites et ouvertes en abat-jours du côté du midi (...).

"J'ai vu avec grand plaisir une preuve de l'attachement des Valorsins à la Religion, dans la digue ingénieuse au moyen de laquelle ils préservent l'église du ravage que font ces avalanches. C'est un mur en forme de contre-garde, d'environ 12 pieds d'épaisseur, présentant le sommet de l'angle aux ravines; dans l'intérieur sont deux terrasses qui soutiennent le mur; et au-dessus est placé l'édifice. Ces gens-là sentent bien, s'ils ne savent pas s'en rendre pleinement raison, que la piété, en attirant les bénédictions de Dieu, est le palladium des sociétés; ils sentent que respecter le temple qui est le palais représentatif du Monarque de la terre et des cieux, la demeure du père de famille, le rendez-vous de ses enfans pour l'honorer et le bénir, pour se former à son amour et pour recevoir le pain de vie, c'est rester en union avec le Dieu de la vie, et se mettre sous sa protection et sur la ligne des bienfaits qui procèdent de l'ordre établi par la Sagesse Suprême. Quelle belle philosophie que celle de la foi! Elle lie le monde visible avec l'invisible, le temps avec l'éternité, la créature avec le Créateur; elle met la faiblesse sous le bouclier de la toute-puissance; elle finit par enchaîner le Génie du mal.

"Le besoin rend industrieux: ces pauvres gens ayant peu de récoltes pour suffire à leur subsistance pendant leurs longs hivers, ont trouvé le moyen de préserver les graines de l'atteinte des rats, en établissant des greniers isolés de terre, c'est-à-dire, supportés à la hauteur de deux ou trois pieds par des piliers, dont chacun est couronné d'une pierre plate très-large, tellement que les rats qui arrivent au haut de ces piliers ne peuvent aller plus loin. Voilà, me disais-je, un des points de la guerre entre l'homme et les animaux. Quel roi qui tire tout à lui, qui ne regarde qu'à son intérêt et à son plaisir, et qui tous les jours immole ses sujets à son appétit, et qui plus est, à ses passions désordonnées! Et quels sujets qui cherchent souvent à se soustraire à leur roi, qui même le méconnaissent, le dépouillent, et quelquefois le dévorent! C'est le désordre même. Je ne puis trop me le demander: serait-ce là l'état de création? (...)

"Au sortir du village de Valorsine commence la vallée de la Tête-Noire, ainsi nommée à cause de l'épaisseur des forêts, de la couleur noirâtre du roc dans plusieurs endroits, et de la profondeur du précipice au fond duquel va couler la rivière appelée l'Eau-Noire."

(Extrait de Promenades philosophiques et religieuses aux environs du Mont Blanc, par C.E.F. Moulinié, pasteur de l'église de Genève, 1820). Nous devons ce texte à l'obligeance de M. Boissonnas.

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Histoire de la "turne", de l'église

26 Juillet 2005 , Rédigé par Charles Gardel Publié dans #Histoire de Vallorcine

En 1808, J.-P. Pictet (célèbre à Vallorcine pour "la cabane à Pictet", abri sommaire établi sur la calote sommitale du Buet) écrivait dans son Nouvel Itinéraire des vallées autour du Mont-Blanc: "L'église (de Vallorcine) est remarquable par un rempart en maçonnerie remplie de terre semblable à cet ouvrage de fortification que l'on appelle la contre-escarpe." Le texte que nous publions en page 4 manifeste la même admiration pour cette "digue ingénieuse". C'est de ce rempart remarquable que Charles Gardelle nous parle ci-dessous.

Deux murs se rejoignant à angle aigu en forme d'A majuscule ou d'étrave: voilà une bonne solution pour fendre une avalanche et protéger des constructions à l'aval. Ce moyen a été inventé par les montagnards bien avant qu'il n'existe des ingénieurs formés dans les grandes écoles.

Cette protection s'appelle à Vallorcine une tourne (turne en patois). Les tournes se rencontrent assez souvent dans les zones d'alpages depuis l'Autriche à l'est jusque dans le Queyras (chalets de Clapeyto) au sud.

Longtemps les Vallorcins se sont embauchés comme alpagistes et ils avaient pu observer les tournes au cours de leurs pérégrinations.

Il existe au moins deux tournes dans notre vallée. L'une, moins connue et minuscule, au hameau pastoral des Montets (v. photo page suivante), orientée face aux avalanches de l'Aiguillette; l'autre en haut de l'église. Celle de notre église est célèbre, mais non unique en son genre. Michel Ancey en a repéré une protégeant l'église d'Oberwald, dans le Haut-Valais (non loin du glacier du Rhône et de la Furka -- v. photo page suivante) (1).

L'église de Vallorcine avait été endommagée par l'avalanche de 1594. Elle restait protégée par une "mauvaise tourne". Dans l'hiver 1719-1720 une forte avalanche montra qu'elle était insuffisante. Une nouvelle tourne fut construite en deux ans aux prix de 4 500 journées de travail. Mais nos Vallorcins étaient habitués aux durs travaux accomplis en commun (les "manoeuvres", selon le terme habituel dans la vallée). La tradition orale veut que les pierres en aient été descendues en traîneau sur la neige. Les meilleures pierres provinrent des Ruppes, le remplissage, des pierriers du voisinage. On peut noter en effet qu'ils sont plus rares aux abords de l'église. Cette nouvelle tourne fut plusieurs fois renforcée par la suite, après la reconstruction de l'édifice en 1755-1756. A la suite de l'avalanche du 15 janvier 1843 qui renversa le clocher, le mur sud fut prolongé. De nouveaux travaux furent entrepris en 1861. Enfin, après la dernière grande avalanche de l'hiver 1952-1953, le mur sud fut surélevé avec des pierres descendues cette fois par câble. Ce dernier travail ne fut pas accompli par une manoeuvre, mais par une entreprise (2).

La tourne actuelle semble largement suffire, d'autant que les pentes les plus raides se reboisent. Restons prudents: les avalanches sont le lot de Vallorcine.

Charles Gardelle

P.S.: Les lecteurs curieux de détails supplémentaires pourront lire à ce propos le chapitre 4 du livre de Mme Germaine Lévi-Pinard (p. 61) sur Vallorcine au XVIIIe siècle et la p. 28 du livre de Françoise et Charles Gardelle, Vallorcine (éd. Textel), lequel sera en vente au musée à partir de 1991.

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La charte d'albergement de 1264

26 Juillet 2005 , Rédigé par Bonnefoy Perrin, an 1264 Publié dans #Histoire de Vallorcine

 

Les spécialistes de l'onomastique ou science des noms propres savent que, du fait de la permanence du relief, les noms de rivières et de montagnes sont normalement les plus anciens et par là même les plus précieux.

Après avoir parlé des premiers dans le n° 1 d'E v'lya (c'est-à-dire d'hydronymie), je vais essayer d'aborder les seconds, c'est-à-dire l'oronymie. Cependant, avant de tenter, dans le prochain numéro, d'expliquer des termes aussi difficiles que Loria, le Buet ou le Gros Nol (par exemple), je propose ici, comme on me l'a demandé à plusieurs reprises, la traduction de la charte d'albergement de 1264.

Y figurent justement, sinon les plus anciens de ces noms, du moins ceux qui sont le plus anciennement attestés. On pardonnera à la traduction ses lourdeurs, dues à un souci de fidélité, quelques incertitudes et peut-être même des erreurs, le texte latin n'étant pas des plus limpides.

"Nous frère R(ichard), prieur du prieuré de Chamonix (1), du diocèse de Genève, à tous ceux qui liront le présent texte, faisons savoir que sciemment et de plein gré, sans y avoir été conduit par quelque ruse ou crainte, mais assuré de droit et de fait, nous avons donné et concédé, en notre nom et au nom de nos successeurs, à titre d'albergement perpétuel, aux Teutoniques (1) de la vallée des ours (1) et à leurs héritiers, la moitié de la vallée des ours susdite.

"Cette vallée est délimitée d'un côté par l'eau appelée Barberine (1), d'un autre par la montagne appelée Salenton (1), d'un autre par le lieu où naît l'eau appelée Noire (1) jusqu'à la limite qui sépare le territoire de Martigny (1) et le territoire de l'église de Chamonix (2).

"De même, nous signifions que les hommes susdits nommés Teutoniques, et leurs héritiers demeurant au même endroit, soient les hommes liges du susdit prieuré de Chamonix et soient tenus d'acquitter annuellement à la fête de saint Michel archange huit deniers de service et à la Toussaint chaque année quatre livres de cens au prieur de Chamonix du moment, sommes à verser et à acquitter intégralement.

"Et si quelqu'un des susdits Teutoniques veut se déplacer en un autre lieu, nous faisons savoir qu'il pourra emporter ses biens meubles avec lui librement et absolument, ainsi que vendre ses propriétés, le droit du domaine de Chamonix étant sauvegardé, mais à des hommes liges du dit prieuré et non à d'autres.

"D'autre part, ils pourront demeurer en paix et libres de menées (3), de visites (3) et de corvées et, dans le respect des autres usages, droits et coutumes de l'église ou du prieuré de Chamonix, ils doivent obéir au prieur du dit lieu et sont tenus de répondre en tous points, dans le respect des droits de propriété et de seigneurie du dit prieuré conformément à ce qui est en usage et jouissance chez les autres hommes de Chamonix. En foi de quoi nous, prieur susdit, avons apporté notre sceau pour qu'on l'appose sur la présente page.

"Fait au cloître de Chamonix, l'année du seigneur 1264, le deuxième des ides de mai (le 14)."

(Documents sur le prieuré de Chamonix, Bonnefoy Perrin, tome I, n° 10, p. 19)

 

(1) Nous reproduisons ici les formes latines exactes des noms propres: Campusmunitus, Theutonici, Vallis ursina, Berberina, Salansuns, Martigniacus.

(2) La vallée se trouve ainsi délimitée par ses quatre points d'entrée possibles: le confluent avec la Barberine, laquelle marque la limite nord-nord-est; le col du Salenton, qui marque la limite sud-ouest; la source de l'Eau noire (en gros, le col des Montets), qui marque la limite sud; et enfin la ligne de séparation des eaux (en gros, le col de Balme) entre la vallée de Trient, appartenant à Martigny, et celle de l'Arve, appartenant au prieuré; cette ligne marque la limite est-sud-est.
La note de Perrin expliquant cette dernière limite par la chaîne de montagnes qui va des Perrons au Cheval blanc, au lieu de permettre de définir les limites de la vallée, les rend confuses et conduit à supprimer l'un des deux versants.

(3) Menaydae: obligation d'effectuer certains transports. Sectores: obligation d'effectuer certaines visites.

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Vallorcine et le Martigny-Châtelard

26 Juillet 2005 , Rédigé par Bernard Laville Publié dans #Histoire de Vallorcine

 

Dans le n° 3 d'E v'lya, nous avons vu comment le chemin de fer était arrivé à Vallorcine depuis le Fayet. Voyons maintenant ce qui s'est passé du côté valaisan pour faire la jonction avec la vallée du Rhône.

De ce côté, la topographie des lieux rendait encore plus difficile une liaison entre le Valais et la vallée de Chamonix, qu'elle soit routière ou ferroviaire. Avant que ne soit réalisée, après l'annexion de 1860, la route du col des Montets, la plus grande partie du trafic du Valais vers Chamonix passait par le col de Balme. La vallée de Vallorcine offrait alors un aspect des plus sauvages.

Jusqu'en 1824, tous les transports se faisaient par mulets et les voyageurs franchissaient le col de Balme souvent en chaise à porteurs. L'ouverture d'une route carrossable en 1824 marque le début de la période des calèches et des diligences.

C'est seulement en 1890 que trois demandes de concession sont déposées en vue de l'établissement d'une voie ferrée entre le Valais et la France. Pour des raisons diverses, aucune n'est retenue.

En 1899 et 1900, trois nouvelles demandes de concession pour la construction d'un chemin de fer électrique à voie d'un mètre sont déposées au Département fédéral des chemins de fer. Celles-ci émanaient de MM. Defayes, Strub, Amrein et Gillieron pour un chemin de fer partiellement à crémaillère de Martigny au Châtelard par Vernayaz et Salvan, et deux autres groupes pour un chemin de fer à adhérence avec rampes de 8 % de Martigny au Châtelard par le col de la Forclaz et pour un chemin de fer de Vernayaz à Finhaut par Salvan avec élévateur-transbordeur pour voitures automotrices jusqu'à Salvan.

Dans son message aux chambres du 16 avril 1901, le Conseil fédéral se prononça pour la concession par le col de la Forclaz. Mais à la suite d'une longue et vive discussion, les chambres fédérales accordèrent, le 20 décembre 1901, malgré le préavis du Conseil fédéral, la concession d'un chemin de fer de Martigny-gare Jura-Simplon (ce n'étaient pas encore les C.F.F.) au Châtelard Trient par Vernayaz, Salvan, Finhaut ainsi que de Martigny-gare Jura-Simplon à Martigny-bourg, à MM. Defayes et consorts pour le compte d'une société par actions à constituer.

La concession fut cédée à la Compagnie du chemin de fer de Martigny au Châtelard, constituée le 10 juin 1902 sous les auspices de la Société franco-suisse pour l'industrie électrique à Genève, qui fut chargée de procéder aux études complètes et de diriger les travaux de construction du chemin de fer. Les études, commencées avant l'octroi de la concession, furent achevées en 1903. Le premier coup de pioche pour la section Martigny-Salvan fut donné le 24 novembre 1902. En novembre 1903, on attaque Salvan-Frontière. La ligne a été achevée en 1906 et ouverte à l'exploitation le 20 août de la même année. Compte tenu de la topographie locale et de l'importance de travaux d'art qui en ont découlé, on peut dire que les travaux ont été menés à bonne allure, eu égard également au climat rude de la partie haute de la ligne, susceptible d'arrêter les travaux pendant l'hiver.

Dès lors, la ligne fonctionne sans interruption. Ici, point de suspension hivernale du trafic comme cela était le cas entre Montroc et Vallorcine jusqu'en 1936.

Comme du côté français, il en est résulté une très sensible amélioration des conditions de voyage; quand on songe seulement à ce qu'était la route de Salvan à Vernayaz avec ses innombrables lacets très serrés et fort pentus, on comprend ce que le chemin de fer a pu apporter, même en tenant compte de la relative lenteur des trains, qui au début mettaient une heure et demie pour parcourir les 19 kilomètres séparant Martigny-Jura Simplon puis C.F.F. du Châtelard, qui s'appelait alors Châtelard-Trient. Et les Valaisans pouvaient enfin rallier la vallée de Chamonix (sauf en hiver jusqu'en 1936), ce qui était un des buts de la construction de la ligne dont la raison sociale était "Compagnie du chemin de fer de Martigny au Châtelard (ligne du Valais à Chamonix)".

Est-il besoin d'insister sur la présentation des gares, toujours impeccables au fil des ans, ce qui n'est hélas pas toujours le cas chez nous!

Le matériel roulant pourtant très robuste commençait à accuser son âge dans les années 1950 et l'on mit à l'étude un nouveau matériel que l'on souhaitait pouvoir faire circuler jusqu'à Chamonix. En fait, après la mise en service du nouveau matériel S.N.C.F. en 1958, ce ne sont que des voitures-pilotes M.C. qui seront raccordées à Vallorcine aux trains français, et seulement l'été à certains trains.

Le développement du tourisme, notamment le passage par cet itinéraire remarquable de nombreux étrangers (asiatiques, américains, anglais, allemands) rend de plus en plus insupportable le changement de train à Vallorcine ou au Châtelard-Frontière.

Le matériel M.C., bien que remarquablement entretenu, commence à dater un peu (sauf la rame triple mise en service en 1979) comme celui de la S.N.C.F. Aussi en a-t-il été décidé un renouvellement partiel, permettant de faire enfin circuler des trains directs Saint-Gervais-Martigny. Du côté M.C., on envisage l'achat de deux éléments automoteurs doubles; côté français, la S.N.C.F. en achèterait deux, et les collectivités locales deux également. Au total, six rames conçues selon les caractéristiques les plus récentes pour ce genre de matériel.

Un ballon d'oxygène pour ce parcours qui ne peut qu'amener de nouveaux clients, ce dont Vallorcine doit largement profiter. L'un de ses atouts n'est-il pas le caractère agreste de sa vallée, pas encore défigurée par le béton? A condition que l'on sache le préserver.

Bernard Laville, retraité S.N.C.F. (Lyon)

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Assemblée Générale 5 août 2005

25 Juillet 2005 , Rédigé par Patrick / Michel Publié dans #maisonbarberine

Cher(e) adhérent(e)

Vous êtes tous invités à participer à l'assemblée générale de l'association "La Maison de Barberine", qui se tiendra le Vendredi 5 Août à partir de 17 heure dans la salle de la Ruche à Vallorcine.

Ordre du Jour :

  1. Rapport d'activté - Rapport financier
  2. Examen de la situation - Projets d'avenir
  3. Elections
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Les noms de cours d'eau vallorcins

25 Juillet 2005 , Rédigé par Michel Ancey Publié dans #Patois - Etymplogie

Chaque numéro de cette revue consacrera une rubrique à l'explication des noms propres de la vallée, avec pour but de découvrir l'explication de termes obscurs ou curieux, et à cette occasion, de relever les traces des divers peuplements qu'a connus la vallée, les Celtes, les Gallo-romains, et ces Teutonici (Germains) auxquels la vallée est concédée dans la charte d'albergement de 1264.

Utilisant divers ouvrages traitant du sujet, nous présenterons parmi les diverses hypothèses la plus raisonnable à nos yeux.

Dans ce premier numéro, nous traiterons des cours d'eau (ou hydronymes).

Il faut commencer par l'Eau Noire (Aqua Nigra) et la Barberine (Barberina), les deux noms de torrents qui figurent seuls (au côté du Salenton) dans le texte de 1264.

Pour la Barberine, E. Muret, en 1909, proposait deux explications en référence avec la terminaison latine du mot et les noms d'hommes, latin (Barbarius) ou médiéval (Barbarin), sans expliquer le rapport avec la vallée. Dans cette hypothèse, la terminaison en -inus paraît indiquer un domaine appartenant à un homme qui lui donne son nom. Mais en l'occurrence, le nom de Barberine, vu l'importance respective des lieux, a dû désigner le torrent et la vallée de montagne bien plutôt qu'un simple hameau de la vallée, lequel au contraire doit sans doute son nom au torrent.

Wipf propose, lui, la racine celtique Bar ou Ber, qui signifie sommet. Mais cela n'a rien ici de caractéristique. D'autre part, il faut supposer la répétition Bar-ber (comme dans Barberèche), mais pourquoi?

D'autre part, en dépit de R. Boyer, mettre en relation Barberine et les Barbari, ou barbares, c'est-à-dire les étrangers à la vallée, dont le torrent marque l'une des frontières, ce n'est guère aimable pour les Valaisans, même germanophones. Au surplus, si l'on devait considérer comme étrangers tout ce qui est à l'est du Prieuré, la véritable frontière avec la vallée du Rhône serait bien plutôt au col de Balme.

Dauzat, lui-même incertain, est tenté par un rapprochement avec la racine gauloise Borb marquant l'idée de bouillonnement (cf. la Bourbre dans l'Isère; cf. peut-être aussi le Nant Borrant aux Contamines). C'est nettement meilleur, et le redoublement se justifierait par une volonté expressive. En tout cas, le torrent, avant le barrage, était bien bouillonnant. Resterait à expliquer le changement de voyelle (dont on trouve d'autres exemples).

Quant à la pièce de Musset, la Quenouille de Barberine, elle incite à rêver à un poète romantique trouvant le nom de son héroïne dans notre vallée (où il n'est jamais venu). Il s'agit en fait d'une simple homonymie. Le sujet est emprunté à la 21e nouvelle de Bandello, auteur de la Renaissance italienne, dont le personnage Barbera reçoit chez Musset le diminutif plus gracieux de Barberine.

L'étymologie de l'Eau Noire ne pose évidemment pas de problème. Cela n'a pas retenu les imaginations. Le savant Paul Lebel, s'appuyant sur un certain L. Jacquot, auteur d'une recherche sur les noms de lieux en Chablais, écrit: "Eau noire: ruisseau (sic) de la frontière du Valais... le soleil donnant fort peu dans ces parages, l'eau du ruisseau paraît noire en certains endroits". Que les Vallorcins ne s'offusquent ni du ruisseau ni du Chablais! Bien des cartes anciennes placent en effet Vallorcine au bout de la vallée d'Abondance.

Pour la couleur de l'eau, l'explication est simple. Si l'eau de Bérard, la "grosse eau", charrie du gravier qui polit les rochers sur tout son cours et leur ôte toute végétation, c'est l'inverse pour l'Eau noire qui, née des neiges d'Encrena, descend du col des Montets peu abondante souvent et fort pure, sans user les pierres de son lit, d'où les mousses aux reflets sombres qui y poussent, et l'impression d'une eau noire -- au moins jusqu'au confluent. Reste à savoir pourquoi c'est la petite eau dont le nom l'a emporté sur la grosse au Moyen Age.

Quant aux autres noms, moins anciens, plusieurs restent mystérieux. Il y a d'abord l'eau de Bérard. Le col et les aiguilles du même nom qui, entre les Rouges et le Buet, ferment le haut de la vallée quand on les regarde de Finhaut ne sont pas considérés comme la limite de Vallorcine dans la charte de 1264 qui parle au contraire du Salenton. Le nom de Bérard paraît donc plus récent. Est-ce d'ailleurs celui de la vallée, du torrent ou de la fameuse pierre? En tout cas, le sens est obscur. Ni Wipf ni Dauzat n'en parlent, pas même pour faire le rapprochement qui paraît s'imposer avec la Bérarde dans l'Oisans. On pourrait songer à la racine celtique Ber (ou Bar) indiquant le sommet, mais les aiguilles de Bérard n'ayant rien de très caractéristique ont probablement tiré leur nom de la vallée ou de l'alpage en contrebas, comme très souvent (Charlano, Floria) et non l'inverse. On a songé, comme le rappelle M. Boyer, à expliquer le terme par le verbe patois bera, boire. La pierre à Bera aurait été ainsi nommée d'une source située près d'elle et où les bêtes seraient venues se désaltérer. Mais, entre les glaciers de l'envers des Rouges et les névés du Buet, les eaux abondent, même après les travaux de captage qui n'ont pas réussi à tout capturer.

Il reste que ce nom de Bérard est connu comme patronyme et même initialement comme un prénom, d'origine germanique. C'est une sorte de doublet de Bernard -- et dans les deux cas avec pour sens "la force de l'ours". On peut supposer que cette haute vallée a tiré son nom d'un certain Berard ou Bernard qui s'y serait imposé en maître, mais on ne connaît personne de tel. Et d'ailleurs comment une vallée qui n'est même pas à proprement parler une vallée d'alpage aurait-elle pu recevoir le nom d'un seul propriétaire ou détenteur d'un droit d'albergement particulier? On est plutôt tenté de se demander s'il n'y a pas là une trace du parler germanique qui a dû être pratiqué à Vallorcine pendant une longue période par les Teutonici, et si la vallée de Bérard n'est pas la haute vallée des ours nommée à partir du radical allemand Bär (ours) -- comme Vallorcine, plus bas et dans son prolongement, doit son nom depuis plus longtemps encore au radical latin ursus (ours). Mais résistons à la tentation.

La vallée de Tré-les-Eaux pose moins de problèmes. Le préfixe tré vient du latin trans et signifie au-delà. On a la même forme aux Contamines avec Tré-la-Tête (vallée glaciaire au-delà d'une tête rocheuse). La vallée de Tré-les-Eaux est donc exactement cette partie de la vallée située à droite de l'Oreb (ou plutôt de la "Vouille mousse") que l'on trouve quand on a franchi la gorge à la montée pour déboucher dans ce bel espace où les Vallorcins conduisaient les génissons.

Détail curieux: le savant M. Lebel signale un cours d'eau nommé Buétine "qui prend sa source au pied du Buet". Si quelqu'un a entendu utiliser ce nom, qu'il me le dise. Une rivière perdue, ce serait dommage!

Les quatre principaux torrents et leurs hautes vallées ne doivent pas nous faire oublier divers affluents. Sur la rive droite de l'Eau Noire, il n'y a guère que le nant Vouilloz au plan d'Envers. Le nom du torrent est à expliquer par celui du nom de famille.

Sur la rive gauche, quatre nants. Au Couteray, le nant de la Meunière ou du Mouni, cours d'eau artificiel dont le nom se passe d'explications. Plus bas, on trouve le nant de Lo, qui pose d'abord un problème d'orthographe. Il ne s'agit évidemment pas de l'abréviation de Loriaz, d'autant que ce torrent ne naît pas dans l'alpage même de Loriaz, mais en contrebas. Je pense qu'il faut comprendre Lo comme l'au, ou l'aup, terme que l'on trouve par exemple en Chablais, dans Saint-Jean-d'Aulps, où l'on voit bien le radical du mot alpe ou alpage. Cf. aussi le fameux Credo dans l'Ain, qui n'est autre qu'un crêt (ou crête) d'aup, ou alpage. En tout cas, cet au n'est pas de l'eau, comme le patois le montre bien, à la différence de l'eau de Tré-les-Eaux. D'ailleurs, ce nant impose sa présence dans la vallée par un hameau et un patronyme.

Plus bas encore, le nant Betterand qui, passant sous la route, va se jeter dans l'Eau Noire, près du Bettex (ou Bétais), lieu-dit de la maison de Joseph Bozon (héros du livre Vallorcine au XVIIIe). M. Boyer signale à propos du Bettex de Saint-Gervais, un mot latin populaire, betellum, signifiant le bourbier. L'explication est admissible ici: les replats où le nant termine sa course peuvent prendre cet aspect, même si la construction du "nouveau quartier" (cf. article sur A. Vouilloz) a transformé le paysage.

Reste le nant du Ran, à expliquer bien sûr par le lieu lui-même, c'est-à-dire par le couloir de la plus belle avalanche de Vallorcine. Le terme n'est pas clair pour autant. Le dictionnaire de patois savoyard de Desormaux ne nous apprend rien; les étymologistes signalent un radical ranc indiquant des rochers escarpés, ce qui conviendrait assez bien puisque le couloir en question descend raide de rochers situés sous la barre des Perrons. Cependant, ce radical très noble, puisque pré-celtique selon Wipf, se trouve surtout représenté en Dauphiné ou dans le Midi (avec la finale c ou g), mais pas dans notre région. Faut-il l'admettre ici?

Un simple mot sur la gouille du Sasset, si bien située au pied de l'aiguille de Loriaz. L'étymologie probable est celle de saxum, terme latin signifiant rocher; c'est aussi par saxum qu'on explique sur le versant opposé les Cé Blancs (ou Saix Blancs), rochers blancs. On peut considérer Sasset comme une sorte de diminutif par rapport à Saix.

En tout cas, d'origines préceltique, latine ou germanique, et plus souvent encore douteuse, les cours d'eau vallorcins sont capables de faire couler beaucoup d'encre. Ce sera encore plus vrai pour les noms de familles ou de lieux.

Michel Ancey

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Noms de villages vallorcins

25 Juillet 2005 , Rédigé par Michel Ancey Publié dans #Patois - Etymplogie

Nous poursuivons notre recherche de l'étymologie des noms vallorcins par celle des hameaux, nommés villages en Savoie.

Noms très faciles à expliquer

Le Nant doit son nom au fait qu'il s'étage à proximité du principal affluent de l'Eau Noire, le nant de l'Aup (cf. E v'lya n° 1; quant au mot nant lui-même, il est celtique, il désigne une vallée et, par extension, un torrent.

La géographie impose l'explication du Plan-Droit ou de l'endroit, du Plan d'Envers ou de l'envers. Ce dernier est volontiers nommé le Plane ou le Plano en patois. Quant à la curieuse redondance, le Plan du Plane, elle désigne l'ensemble des terres relativement plates situées entre le Plan de l'envers et le bas de l'avalanche qui descend des Posettes. Les Parts-du-Plane sont les écuries de printemps où les habitants du hameau mettent leurs bêtes et se partagent les pâtures communales (cf. F. et C. Gardelle, Vallorcine, p. 81).

Les Montets ont un rôle analogue. Le nom s'explique simplement par le fait que ces constructions sont situées vers le haut de la montée de la vallée et non à cause du col du même nom, beaucoup trop éloigné. Le col lui-même a probablement reçu son nom des habitants de Trélechamp plus proches de son sommet, et non des Vallorcins. Marc Burnet me signale que son grand-père disait "passer la Portella" ou "sur la Portella" pour franchir le col.

Enfin le Crot (à prononcer avec un o ouvert comme dans bol et non avec un o fermé comme dans pot) signifie le creux. Son emplacement justifie son nom: il est blotti dans une légère dépression de terrain au pied de la forêt, à l'abri des avalanches. Quant au mot creux lui-même, il semble qu'il soit d'origine celtique et non latine.

Quant à Vallorcine même (Vallis ursina, vallée des ours), c'est un nom collectif désignant tout le pays et non un hameau particulier ni le chef-lieu qui, à proprement parler, n'existe pas.

Noms demandant explication

Venant de Barberine (dont nous avons parlé à propos des cours d'eau dans E v'lya n° 1), nous trouvons dominant la grand-route le Molard. C'est un terme assez courant dans nos régions (cf. Chamonix, la Mollard). Dauzat l'explique par le mot latin mola, signifiant la meule, et pouvant par extension représenter une butte. Il me semble préférable de se référer à un diminutif molarium du mot latin moles qui signifie une masse. Dès lors, le Molard désignerait une masse de terrains, un tertre supportant un hameau -- ce qui correspond tout à fait à la disposition des lieux.

La Villaz située au-dessus du Molard lui-même (orthographiée dans les tabelles Vie, Villas en passant par Villia, qui est sûrement plus conforme au patois) s'explique facilement: on se réfère à la villa latine, qui était la propriété campagnarde des Romains et par conséquent une ferme, d'où d'ailleurs les mots français village et plus curieusement ville. Mais pourquoi de tous les hameaux vallorcins, celui-là s'appelle-t-il tout simplement "la" ferme ou "le" village? Peut-être parce que vu son altitude il était fait au départ d'écuries de printemps qui représentaient pour les maisons d'en bas (celles du Molard) "la" ferme, "la" maison vers laquelle on déplaçait les bêtes avant la montée en alpages.

Beaucoup plus haut, entre Plan-Droit et Nant, nous rencontrons le Morzay (Morgey dans les tabelles). On peut se référer à une racine pré-celtique mor, désignant la pierre -- et que l'on rencontre souvent dans les Alpes: Morgex, Morcles, Morzine et aussi les Morzaizes, pierrier de la vallée de Bérard. Le hameau serait alors désigné par les épierrements pratiqués à cet endroit. Mais Vallorcine tout entière se signalait à l'époque pastorale par l'abondance de ses murgers (murdzi en patois), ou tas de pierres placés en limite des champs ou au bord des chemins. Pourquoi désigner ainsi ce village plutôt qu'un autre? On peut penser que la proximité du Nant de l'Aup a dû longtemps menacer les propriétés du Morzay. Le torrent a pu les inonder à plusieurs reprises et même changer de lit: on voit entre Morzay et Plan Droit un vallonnement où le nant a pu passer à époque ancienne. Dès lors les habitants du Morzay se seraient employés non seulement à épierrer leurs champs inondés, mais à construire un grand murger, une sorte de digue de pierres pour se protéger en détournant le cours d'eau vers son lit actuel.

Tout en haut de la vallée, nous trouvons l'ensemble des lieux-dits regroupés sous le vocable général du Couteray. L'explication par le coutre (ou tranchant du soc de la charrue) est sans valeur dans un pays où on pratique la teppe (voir E v'lya n° 1). La référence, proposée par M. Boyer, au coutre, noisetier, coudrier ou varoce, ne vaut guère mieux, parce que ces arbustes sont peu abondants à Vallorcine où les chèvres, à époque ancienne, ne les auraient pas laissé pousser, et ils ne semblent guère dépasser le niveau du Crot. Il faut donc renoncer à expliquer ce terme comme le Coudray de Passy par exemple.

Au surplus le mot se prononce normalement en trois syllabes, ce qui le distingue nettement de tous les toponymes tirés du nom latin corylus ou coudrier (en ancien français, couldre, d'où La Couldre ou La Coudre dans le canton de Vaud). Les tabelles proposent d'ailleurs les graphies Couteret et même Coutaret. Pour mieux tenir compte de la prononciation et de la géographie, je renvoie au lieu-dit Cottarey ou Couttarey de la commune de Saint-Alban (73). Dès lors l'étymologie est simple: costareta, diminutif du latin costa, et signifiant petite côte, terrain en pente, comme c'est le cas.

Restent sur le chemin de Bérard, les écuries de printemps de la Poya. Contrairement à ce qu'il semble, ce mot est clair. Il signifie montée, aussi bien en patois vallorcin que chamoniard (cf. le lexique de Mme Claret édité par les amis du vieux Chamonix). On connaît d'ailleurs la Poya des Tines. Sans doute faut-il remonter au mot latin, d'origine grecque, podium, désignant une plate-forme et par extension une sorte d'éminence, et donc la montée qui y conduit.

Noms difficiles à expliquer ou mystérieux

En face de la Poya, de l'autre côté de l'eau de Bérard on trouve les maisons du Laÿ (à prononcer en deux syllabes). Vu les sites respectifs, il semble d'abord difficile d'expliquer de la même façon ceux de Vallorcine et des Contamines. Cependant c'est peut-être leur environnement qui explique ces deux termes. Le chanoine Gros signale à Montaimon (73) l'expression "en layaz" qui signifie dans le bois. On aurait dû écrire et comprendre en l'aya, ou en l'aye, dans le bois. Il faut remonter à la forme première agia, donnant aya, puis aye, éventuellement aÿ en deux syllabes, signifiant la haie et par suite le bois. Cet agia viendrait du germanique hagia. On le retrouve dans toute la France: cf. Saint-Germain-en-Laye (= dans la forêt). En ce qui concerne notre Laÿ, anciennement L'aÿ, devenu par redoublement de l'article Le Laÿ, il signifierait donc le bois. Sans doute faut-il penser qu'à époque ancienne la forêt descendait plus bas. Quant au Laÿ des Contamines, il est lui-même au pied de la forêt.

Dominant aussi le Couteray, mais vers l'aval, nous rencontrons les maisons du Chanté (ou Tsanté en patois; les tabelles proposent aussi Chantelet, Chatey et Chateler). Le terme pose problème, ne serait-ce qu'en raison de la variété des graphies et des prononciations. Cela dit, si l'on s'en tient à la forme Chanté, dont on trouve des équivalents en Valais et Val d'Aoste, il semble qu'il faille remonter à la racine pré-indo-européenne cant désignant une éminence rocheuse.

Enfin le Sizeray ou Siseray. M. Boyer propose une explication apparemment satisfaisante. Il se réfère au latin caesura, coupure, et justifie l'étymologie par la proximité de la grande avalanche qui coupe la vallée non loin de là et dont l'église se protège avec sa fameuse "tourne". Ce serait donc l'endroit où Vallorcine serait coupée en deux l'hiver.

Cependant, en patois le hameau se nomme le Sourzeray et, de nos jours encore, ses habitants des Sourzeriards. C'est un nom qu'on ne saurait récuser, mais l'expliquer n'est pas évident. Compte tenu du fait que le g français est l'équivalent du dz vallorcin (cf. murger, mordzi), je propose l'étymologie du verbe surgere, surgir en parlant d'une source, sourdre. Le "village" se serait donc implanté là en profitant de sources nombreuses, ce qui est facilement admissible.

Cependant les difficultés ne sont pas toutes surmontées pour autant. Le hameau est nommé Chozerey dans les archives de 1743 (cf. Lévi-Pinard, p. 161). Faut-il alors y voir, comme pour les Chosalets d'Argentière, un diminutif de casa, ou petite maison? C'est douteux. Nous ne sommes pas au bout de nos peines: les tabelles de 1730 désignent l'endroit comme le Sesarey ou Sesaray avec une belle constance. On n'accusera pas le tabellion de n'avoir pas su écrire ce nom alors que d'autres sont parfaitement reconnaissables. Il travaillait d'ailleurs avec l'aide de gens de la paroisse (cf. p. 6). Mais peut-être y a-t-il eu dialogue de sourds entre des Vallorcins goguenards et un fonctionnaire dur d'oreille? En tout cas si ce dernier nom a bien été utilisé, l'étymologie m'en échappe complètement. Tenons-nous en donc prudemment au Sourzeray du patois le plus récent.

Nous avons donc rencontré des racines pré-indo-européennes, c'est-à-dire antérieures aux Gaulois, celtiques, latines, et même une germanique, mais rien de spécifiquement vallorcin, sauf le mystère à tiroirs du Sizeray.

Michel Ancey.

Erratum. Une erreur impardonnable m'a fait écrire dans E v'lya n° 1 que le mont Oreb s'appelait en patois "la Vouille mousse". C'était "l'Avouille Mousse", l'aiguille émoussée donc arrondie, qu'il fallait lire. Cf. Dictionnaire savoyard de Désormaux.

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Page de patois

25 Juillet 2005 , Rédigé par Michel, Jean-Luc ? Publié dans #Patois - Etymplogie

 

Atrô cou tui lou tè éran recrévi è ifáeula.

Autrefois tous les toits étaient recouverts en ancelles.

P'li fáre i ayè preu d'úvra: cópa 'na lárze de premi choi sáeu snion é quiè fáeudisse bin drè.

Pour les faire, il y avait pas mal d'ouvrage: couper un mélèze de premier choix, sans noeuds, et qui se fende bien droit.

Can lou tè n'éran pa chlyoutrá, li z ifáeula éran de soíssanta centimètres de lóndjeu; p'lou tè chlyoutrá, la lóndjeu ère de fíncanta.

Quand les toits n'étaient pas cloués, les ancelles étaient de soixante centimètres de longueur. Pour les toits cloués, la longueur était de cinquante.

Li bílye cópá éran d'abóar écartelá a la sèilyá, pouè, le blan é le métá voutá a la pioletta; pè pa abimá la pioletta, fauchè bouchî dechu avoué 'na machû.

Les billes coupées étaient d'abord fendues en quatre quartiers au coin de fer, puis l'aubier et le milieu enlevés à la hachette; pour ne pas abîmer la hachette, il fallait taper dessus avec un maillet.

L'cártí ère copá pé épétcheu de cátro ifáeula marcá d'avance pé on p'tchou cou d'ifáeulieu, pè quié l'moírcé sobre de la míma épètcheu dezo quié dechu.

Le quartier était coupé par épaisseurs de quatre ancelles marquées d'avance par un petit coup de fer pour que le morceau reste de la même épaisseur dessous que dessus.

Ch'a pa la míma épètcheu de cé de lé, l'moírcé fórnè a ráeu dezo.

S'il n'y a pas la même épaisseur d'un côté et de l'autre, le morceau n'a plus d'épaisseur dessous.

Aprè, l'moírcé é fáeudu è dou, pouè par ifáeula, la váeuna copá d'icaíre.

Ensuite, le morceau est fendu en deux, puis par ancelles, la veine coupée d'équerre.

Can la lárze fáeudjiè mal, pè raeu pèdre l'moírcé ère fáeudu chu l'itáve; féta dinse, l'ayè l'difô d'se fáeudre eu solé.

Quand le mélèze se fendait mal, pour ne rien perdre le morceau était fendu sur la veine à plat; faite ainsi, l'ancelle avait le défaut de se fendre au soleil.

On cou fáeudu, fauchè tote li tsápota a la pyoletta, li drèfi de cé de lé a peu prè d'la míme lárdjeu é on cou chu l'pla.

Une fois fendues, il fallait toutes les échapoter (= les aplanir) à la hachette, les rectifier de chaque côté en sorte qu'elles aient à peu près la même largeur et leur donner un coup sur le plat.

Can l'boué ère fin é bin drè, l'ifáeula ère fornetta eu bán-fou avoué l'coéuté párieu.

Quand on avait du bois fin et bien droit, on finissait l'ancelle sur le ban-fou avec la plane (le couteau égalisateur).

Restáve a lé z inpíla pé rólyon: on ran è lon, on ran è lárdzo.

Restait à les empiler par "rolions": un rang en long, un rang en large.

Fíncanta ran fan l'rólyon quié recrevè cátro mètres cára deu tè.

Cinquante rangs font un rolion qui recouvre quatre mètres carrés du toit.

Chu l'tè, l'poin d'on ran a l'átrô se fá a saíde centimètres deu la deu váeu é de díza a dize-ouè de la bíza.

Sur le toit, la distance d'un rang à l'autre est de seize centimètres du côté du vent et de dix-sept à dix-huit du côté bise.

Dézo lé z ifáeula, lou tè éran fè è late tsèvelyè dan li rive.

Sous les ancelles, les toits étaient faits en lattes chevillées dans les bords.

C'lè late éran fète avoué on la è ryan.

Ces lattes avaient une face arrondie.

E pè izola l'tè de la cousse li jouinte éran garnyè de móssa.

Et pour isoler le toit de la tourmente, les joints (entre ces lattes) étaient garnis de mousse.

Pè t'ni li z ifáeula è plasse é pè pa q'le váeu li sofle, l'tè ère tcharjá de pire chu 'na travirse.

Pour tenir les ancelles en place et pour empêcher que le vent ne les fasse s'envoler, le toit était chargé de pierres reposant sur une traverse.

L'Dzozè a la Mandine


Can lou ditelare van a Tsalande, on a lou lyasson a Páquyé.

Quand les gouttières coulent à Noël, on a les glaçons à Pâques (proverbe vallorcin).


Note de la rédaction

Le texte de patois est du Dzozè à la Mandine, que les Vallorcins reconnaîtront. Mais la transcription est de notre responsabilité. Nous avons voulu que le patois ressemble à du patois et non pas à du français déformé. Nous avons voulu d'autre part qu'il soit lisible par tous. C'est pourquoi les sons, autant que possible, sont notés d'une manière unique, et lisibles comme on les lirait en français. Nous avons cependant pour les autres voyelles que e noté par un accent, au cours du mot ou à la fin, la syllabe que la prononciation souligne (exemple: chlyoutrá). D'autre part, la lettre e est écrite avec ou sans accent dans les mêmes conditions qu'en français. Icaire est écrit ainsi pour pouvoir conserver la lettre c devant le son ai et marquer en même temps le rapport étymologique avec écartelá. Quant à l'y, il marque toujours et seulement le son mouillé de l'yod (exemple: li bílye = les billes). Enfin, l'élision de la voyelle initiale de l'article féminin (exemple: 'na lárdze) est marquée par une apostrophe, et la liaison éventuelle du pluriel par un z isolé (exemple: lé z inpíla).

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Les outils agricoles vallorcins (I)

25 Juillet 2005 , Rédigé par Françoise et Yvette Ancey Publié dans #Outils Vallorcins

Essai de classement des outils agricoles traditionnels vallorcins dans une typologie nationale

En France, dès les années de l'entre-deux-guerres, les machines agricoles ont fait disparaître des campagnes presque tous les outils traditionnels -- seuls ont été conservés ceux des travaux des jardins --, mais la situation est différente dans les deux Savoies. En effet dans notre pays, la modernisation s'est heurtée à ce qui est l'un des caractères principaux des exploitations agricoles savoyardes: les terres en pente.

De cette particularité, d'ailleurs observable aussi dans la plupart des régions de montagne de France et d'Europe, il a résulté que les machines agricoles, cette fois adaptées aux conditions naturelles montagnardes, ne firent réellement leur entrée dans notre pays qu'après la Seconde Guerre Mondiale.

Cependant, à Vallorcine, à cette époque, ces machines agricoles ne font pas leur apparition, puisque c'est le moment où les activités agricoles diminuent sensiblement. Les témoignages (outils conservés, photographies) et les souvenirs sont ainsi nombreux, à peine oblitérés. Actuellement il n'y a presque plus d'exploitations agricoles, il reste surtout les jardins et des prés où viennent prendre pension des animaux de plaine. Pourtant l'agriculture ayant été l'activité principale des Vallorcins depuis toujours -- elle reste suffisamment présente dans l'esprit de certains et est un centre d'intérêt pour la plupart --, ainsi une étude des outils les plus typiques utilisés se justifie.

 

REMARQUES PRELIMINAIRES. Avant de passer en revue les outils agricoles vallorcins, il semble nécessaire de faire quelques remarques préliminaires. L'agriculture, à Vallorcine, a été une agriculture de montagne, principalement tournée vers l'élevage, dont nous ne traiterons pas cette fois-ci. Ce que nous essaierons de cerner, en revanche, sera l'outillage utilisé pour cultiver et récolter: céréales, fourrage et pommes de terre.

Nous nous attacherons à étudier les seuls outils utilisés à Vallorcine, en essayant d'en préciser, le cas échéant, les particularités, les originalités, le nom patois. Il faut noter cependant que pour ce faire, il nous faudra utiliser un classement valable pour les outils en général. Nous adopterons donc dans cet article, chaque fois que cela se justifiera, la typologie élaborée aux A.T.P. (Musée des Arts et Traditions Populaires.)

 

PREPARATION DES SOLS. Nous commencerons notre voyage dans les outils agricoles vallorcins en regardant tout d'abord les outils servant à la préparation des sols.

Percussion posée. Nous distinguerons parmi eux une première série: les outils à bras et parmi ceux-ci, en premier les outils à percussion posée. Ce sont les outils que l'on pose sur le sol avant d'attaquer celui-ci: outils du type bêche. La lame de ces outils est fixée dans le prolongement du manche.

A Vallorcine, pour préparer le sol d'un champ, on apporte du fumier, soit pendant l'hiver à l'aide d'une luge munie de planches sur le côté, soit déjà à l'automne, ou au printemps, avec une hotte (bnéte). On le met sur le champ par petits tas et on l'épand avec la traïn (ou trident, ainsi nommé malgré le nombre de dents: elle en a en effet quatre ou cinq, qui sont recourbées et en métal). Par sa forme, la traïn est rattachable au type de la fourche-bêche, qui est utilisée de préférence à la bêche lorsque la terre est trop compacte, caillouteuse, car ses dents pénètrent plus facilement dans le sol. L'usage de la traïn ici présenté n'est évidemment pas celui de la fourche-bêche.

Percussion lancée. Pour préparer les champs de pommes de terre, on va se servir d'outils à percussion lancée, c'est-à-dire d'outils qu'on projette pour attaquer le sol: outils de type houe. La lame de ces outils forme un angle avec le manche.

Les houes ont un rôle important et varié: elles coupent la terre, l'émiettent, la retournent (sans ramener en surface les couches profondes du sol, à la différence de ce que peut faire la bêche). Elles égalisent le sol, tracent des raies, dressent des buttes. Il y a de nombreuses variantes suivant la forme et les dimensions des parties travaillantes, l'angle formé par ces parties et le manche et la longueur de celui-ci, dont dépendent certaines attitudes de travail de l'utilisateur. Elles peuvent posséder une ou deux parties travaillantes. Nous allons en voir quatre exemples maintenant à Vallorcine.

Pour préparer un champ, on va d'abord soulever la terre, seulement pour ameublir mais sans retourner, ceci avec un solévieu, ce qui équivaut à la labourer, puis on finira le travail en tournant (retournant) avec le fasseu.

Pour un champ en pente le travail présente une particularité notable: on va devoir faire la teppe pour éviter que la terre ne s'accumule vers le bas au fil des années. On commence par bien repérer les limites du champ, puis on découpe les mottes (teppes) de sa partie la plus basse avec la delabre et on les soulève avec le solévieu. Après avoir disposé la bnête sur un trépied (le tsardjieu) afin de pouvoir la charger sur les épaules, on y place les teppes qu'on remonte au sommet du champ. On découpe ainsi selon la raideur de la pente deux ou trois raies représentant au total de 60 à 80 cm (la largeur des teppes est elle-même variée). La première raie une fois transportée on soulève la seconde avec le solévieu, elle se "tourne" seule, de même pour la troisième éventuelle. Quant à la terre qui se trouve mise au jour une fois la teppe enlevée, on en extrait les cailloux et on l'enlève avec une pelle après l'avoir piochée. Enfin, on utilise le betcheu pour ameublir la motte transportée avant de déposer par-dessus la terre pelletée.

Disons simplement en ce qui concerne la seconde série d'outils servant à préparer les sols: les outils ou instruments attelés, qu'on ne s'en est pas servi à Vallorcine, où il n'y a jamais eu, par exemple, de charrue.

 

OUTILS SERVANT AUX PLANTATIONS ET AUX SEMAILLES. Après avoir préparé les sols, on plante et on sème. Les outils utilisés à cet effet méritent, eux aussi, notre attention. Pour semer les céréales, on se sert d'un sac à semer: le vagni. C'est le seul ustensile utilisé pour cette opération.

Pour planter les pommes de terre, on les apporte avec la bnéte et on les jette à la volée sur le sol. Pour les planter, on ne trace pas des raies (ce qui est typiquement vallorcin!). A l'aide d'un capion, on ouvre la terre par places sur dix centimètres environ, on y introduit le tubercule et on referme. Le capion, qui est une houe puisque sa partie travaillante fait un angle avec le manche, est ici utilisé comme plantoir.

Pendant la période de pousse des pommes de terre, au bout d'une quinzaine de jours, et avant la levée, on devra les biner, arracher les mauvaises herbes: les rototser avec un rototcheu. On laisse donc les mauvaises herbes ainsi au soleil pour les faire sécher afin qu'elles ne prolifèrent plus. Plus tard, quand les pommes de terre sont levées, on les capine avec un râtelet à trois dents plates en fer forgé.

Ces outils sont bien sûr à rattacher au type du râteau. Les râteaux sont composés d'une traverse de bois sur laquelle sont fixées des dents et un manche. Les dents peuvent former une seule rangée ou une double rangée. Le manche est fixé, par rapport à la traverse, perpendiculairement ou obliquement. Les râteaux à une rangée et à manche droit servent à râteler, ramasser, rassembler (fourrage dispersé après le fanage, paille éparse qu'il faut réunir pour la mise en meules ou pour le chargement, feuilles tombées encombrant un champ ou un jardin). Tout en fer, il sert pour le jardinage; en particulier à égaliser la terre meuble. Il serait intéressant de procéder à un inventaire exhaustif, à la lumière des indications ci-dessus, des râteaux utilisés à Vallorcine.

 

Nous verrons dans un prochain numéro les outils employés pour les autres travaux agricoles. En attendant, si le lecteur veut en savoir plus, il sera le bienvenu à l'exposition qui se tiendra à la Maison de Barberine (Musée Vallorcin) du 15 juillet au 15 août. Là il pourra voir certains des outils traités ici ou qui seront traités la fois prochaine. A cette occasion, nous serons heureux de pouvoir recueillir tous les renseignements et toutes les corrections que certains pourront apporter à nos propos. Merci d'avance et à bientôt. Arvi pas!

Françoise et Yvette Ancey

Nota: Le classement typologique utilisé dans cet article est celui des A.T.P. (Techniques de production: l'agriculture, par Mariel J. Brunhes Delamare et Hugues Hairy).

Merci à M. et Mme Camille Ancey pour leur aide et leurs renseignements pertinents

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Les outils agricoles vallorcins (II)

25 Juillet 2005 , Rédigé par Patrick Publié dans #Outils Vallorcins

Nous avons, dans le n° 1, quitté le lecteur après avoir traité des outils servant aux plantations et aux semailles. Nous l'invitons maintenant à regarder avec nous les outils servant à la récolte.

 

RECOLTE

Certaines plantes sont cultivées pour leur partie souterraine: pommes de terre, betteraves (raves, choux-raves: râva-tsu); on les récolte en les extrayant, en les arrachant du sol. D'autres sont cultivées pour leurs parties externes (céréales; herbe); on les récolte en les coupant. On coupe de même les tiges de pommes de terre.

 

Extraction

On se servait soit des outils qui avaient servi à la préparation du sol (type bêche, type houe) soit d'outils plus spécialisés du type croc. A Vallorcine, pour extraire les pommes de terre, on se servait d'un petit capion à deux dents. Cet outil est du type houe, car ses dents forment un angle droit avec le manche (cf. E v'lya n° 1, p. 12) Pour ce qui est des betteraves, etc., on les arrachait à la main, par le bouquet de feuilles. Ici, comme pour les outils servant à la préparation des sols, on ne se servait pas à Vallorcine d'outils du type bêche, ce qui semble constituer une originalité par rapport au reste du monde rural.

 

Coupe

Avant de parler de l'outil qui sera la vedette de ce chapitre, la faux, disons quelques mots de son ancêtre: la faucille, encore utilisée pour certains ouvrages, à Vallorcine, jusqu'à ce jour. La faucille est en effet un des outils les plus anciens de la civilisation occidentale. On en trouve dès le néolithique (Ve millénaire av. J.C.) en pierre, puis, dès l'âge du bronze (environ 1700 à 800 av. J.C.) en métal; à l'âge du fer, elle adopte la forme et le matériau que nous connaissons encore. Rappelons que la faucille est un outil à lame en forme de croissant, monté à soie sur un manche court; le bord externe de cette lame est renforcé ou non (cf. exposition au musée vallorcin à Barberine, été 1988). A Vallorcine on l'utilisait pour toutes les opérations où l'on a par la suite utilisé la faux.

La faux a d'abord servi pour couper l'herbe; son emploi pour la moisson des céréales remonte seulement à la deuxième moitié du XVIIe siècle, probablement plus tard en Savoie.

On distingue les faux dont la potence (poignée du milieu) est placée dans le sens de la lame, on les appelle faux à lame tirée. Les autres, dont la potence est placée dans le sens opposé à la lame, sont appelées faux à lame poussée. C'est le type utilisé à Vallorcine.

La faux est accompagnée de plusieurs outils servant à son entretien. En effet, il faut battre la lame sur une enclumette: antsaple, avec un marteau: lou marté. La pierre à aiguiser est conservée dans son étui: le coffi, qui, à Vallorcine, est en bois, alors que souvent ailleurs il est en métal ou en corne, et elle trempe dans un peu d'eau (1).

 

GERBAGE ET AUTRES OPERATIONS
PRECEDANT LE RAMASSAGE

Une fois la récolte effectuée, on ne va pas tout de suite la ramasser et la stocker: il reste encore, pour les différentes cultures, un certain nombre d'opérations à effectuer.

Pour les pommes de terre: il va falloir les faire sécher brièvement sur place; ensuite on les classe par grosseur, à la main, en se servant de deux bnètes (1).

En ce qui concerne le foin, on l'étale pour qu'il sèche, avec un râteau, lou râté, (1) à dents espacées, en bois. Le foin étalé sur le pré sèche au soleil, mais il ne peut rester ainsi toute la nuit, sinon il serait trempé de rosée. Pour réduire la surface en contact avec la rosée, on le dispose en bandes parallèles, qu'on réunit ensemble de manière à former des valamonts (sortes de gros tas); on utilise pour cela un râteau de bois. On défera ces valamonts et on étendra de nouveau le foin le lendemain quand la rosée sera dissipée et que le soleil brillera de nouveau, et cela jusqu'à ce que le foin soit sec et bon à rentrer. Naturellement, en cas de pluie intempestive, il vaut mieux que le foin soit en valamonts, qu'étalé.

Pour les céréales enfin, on n'utilisait pas à Vallorcine de faux armée pour couper et coucher sur le sol la valeur d'une javelle, ni de sape, ni de javeleuse. Or, il faut savoir que quand on fauche un pré, on sort l'andain (rangée de foin ou de céréales fauchés et déposés sur le sol), en revanche quand on fauche des céréales on rentre l'andain, c'est à dire qu'on le ramène contre ce qui n'est pas encore fauché. C'est pourquoi il fallait que des ramasseurs (en général les femmes) suivent les faucheurs pour tasser avec une faucille à ramasser tenue de la main droite, les épis réunis de la main gauche, en javelles (petites bottes qui, une fois regroupées, forment une gerbe.) Ces gerbes étaient formées de javelles liées trois par trois et que l'on dressait sur le sol.

 

RAMASSAGE ET CHARGEMENT

Les pommes de terre, entassées dans deux bnètes ou hottes différentes suivant leur grosseur, sont rapportées à la maison à dos d'homme (ou de femme).

Le foin est rassemblé au râteau en trosses ou fagots qui étaient maintenues par des cordes avec des arrêts de corde ou truyes généralement marqués au fer rouge des initiales du propriétaire (1). Ce sont des pièces de bois percées d'un ou deux trous où passe la corde, qu'on noue d'une manière particulière. Ces trosses sont rapportées à la grange, à dos d'homme, ou dans des luges et, plus tardivement, dans des chars tirés à bras d'homme dans les endroits plats. On se sert du fenieu, râteau de bois à dents rapprochées, pour récupérer le maximum de petit foin que l'on remporte à la grange dans une toile: le paillet.

Pour les céréales, disons simplement qu'on rassemble les gerbes et qu'elles sont entassées dans la grange en attendant le battage. Remarquons qu'à Vallorcine on ne se servait pas de fourches en bois comme on le fait dans d'autres endroits de Savoie, ni pour faner, ni pour manipuler les gerbes, la paille, le foin, (construction de meules) ni pour charger, décharger, distribuer à l'étable, etc.; en revanche on utilisait le fer à foin ou crâsson pour tirer une certaine quantité de foin entassé dans la grange, et une scie à foin pour découper les bottes de foin entassées (1).

Les pommes de terre stockées dans les caves, le fourrage dans les granges, nous allons maintenant parler du grain qui nécessite un traitement plus complexe.

 

BATTAGE ET NETTOYAGE DU GRAIN

Une fois les céréales récoltées, on doit encore extraire les grains de l'épi, et ensuite obtenir un grain débarrassé de toutes les impuretés. Pour cela, on a recours à trois types de procédés.

Le premier, que certains se rappellent avoir vu pratiquer à Vallorcine, est certainement le plus ancien. Il s'agit du chaubage. Ce procédé consiste à saisir tout ou partie d'une gerbe et à en frapper la tête sur une surface dure; les grains détachés par le choc glissent sur le sol.

Cette opération était en général complétée par le battage au fléau: l'ifleye. Le fléau est un instrument très ancien puisqu'il a probablement fait son apparition dans le domaine gallo-romain vers le IVe siècle après J.C. (1). On battait soit tout de suite après la moisson en plein air sur une aire, le foué, soit en hiver dans les granges.

Vient ensuite le temps du vannage, opération qui consiste à séparer le grain de l'enveloppe. Le van est le plus souvent un panier en osier en forme de grande coquille, sans rebord d'un côté et muni de poignées latérales (1). On l'agite dans un courant d'air léger, le grain soulevé s'échappe vers le sol tandis que les impuretés s'envolent. Au XIXe siècle, il a été remplacé par le tarare actionné à la main (1). On stockait ensuite le grain dans des coffres à grain.

Au terme de cette étude, quelques remarques s'imposent. Tout d'abord, si nous avons noté que les outils vallorcins s'insèrent sans aucun doute dans un contexte français et même européen, nous devons souligner d'une part que certains outils ailleurs utilisés n'ont jamais existé à Vallorcine où la pauvreté a conduit les paysans à se servir avec ingéniosité du même outil pour des usages variés; d'autre part que les conditions naturelles, en particulier le relief, ont exigé la création d'outils originaux. Rappelons entre autres le solevieu, le fasseu, la delabre (cf. n° 1 d'E v'lya). La très bonne technicité de ces outils ainsi que leurs noms originaux témoignent donc non seulement de notre passé, mais encore en signalent la richesse et l'inventivité; c'est pourquoi nous pensons que ces outils méritent d'être intégrés pleinement à notre patrimoine local, mais aussi au patrimoine universel.

Nota: Le classement typologique utilisé dans cet article est celui des A.T.P. (Techniques de production: l'agriculture, par Mariel J. Brunhes Delamare et Hugues Hairy).

Merci à M. et Mme Camille Ancey pour leur aide et leurs renseignements pertinents ainsi qu'à tous ceux qui nous ont apporté des compléments d'information, en particulier lors de l'exposition à la Maison de Barberine, musée vallorcin.

Françoise et Yvette Ancey

(1) Cf. exposition.

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Antoine Vouilloz

25 Juillet 2005 , Rédigé par Marc Burnet Publié dans #Personnages Vallorcins

De l'amour de Jérémie et de Marie Mélanie Michelin, naissait le 27 novembre 1882 au hameau de Barberine Antoine Vouilloz, qui fut baptisé le lendemain par le curé Ducroz en l'église de Vallorcine. Le parrain était Louis Aimé Ancey (1) de Barberine (son cousin germain, puisque la mère de Louis Aimé est Sophie Vouilloz, la soeur de Jérémie). La marraine était Marie-Louise Berguerand du Sizeray.

Son père, violoneux à ses heures de loisir, berce son jeune âge des accords de son instrument. Sa jeunesse a été celle de ses semblables: aider ses parents cultivateurs.

En 1911, on le trouve gérant de la coopérative, hôtel et magasin.

Son mariage avec Claret Augusta, dite "à Lucien", est célébré le 5 septembre 1912 à Vallorcine. De cette union naît le 13 mars 1914 Odile, épouse d'Ancey Michel Georges, aujourd'hui décédée.

Il fait construire le Bon Repos, avec bureau de tabac et café; après quoi la chance a fini de lui sourire. En effet, le 2 avril 1913, sa mère Marie Mélanie décède à l'âge de soixante-neuf ans. Son père Jérémie la suit de quelques mois, le 5 novembre 1913, à l'âge de soixante et onze ans.

Au décès de ses parents, Antoine était receveur buraliste. Le début de 1914 sembla lui sourire de nouveau, mais au mois d'août la Grande Guerre éclatait.

Antoine, incorporé au 11e B.C.A., montait au front. Blessé grièvement à Péronne, il décédait le 31 octobre 1914 à 5 h du soir dans l'ambulance de la division.

Il est enterré dans le carré militaire (tombe n° 36) du cimetière communal de Péronne dans la Somme. Son nom figure au bas de la liste du monument aux morts de Vallorcine, avec la mention 02 qui désigne la classe à laquelle il appartenait.

(Cf., au verso, son arbre généalogique et des cartes postales marquant sa présence ou son activité à Vallorcine).

Marc Burnet

(1) Louis Ancey et Sophie Vouilloz sont les bisaïeuls des fondateurs du Musée de Barberine.

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