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LA MAISON DE BARBERINE

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Les patronymes vallorcins

26 Juillet 2005 , Rédigé par Michel Ancey Publié dans #Patois - Etymplogie

Si le nombre des noms de famille vallorcins reste constant à époque ancienne (une quinzaine), ils sont assez variables: pas de Semblanet par exemple, au 16e siècle, mais des Mollard et des Tournier. Pour établir la liste, j'ai choisi d'étudier des noms ayant figuré au moins trois siècles dans la vallée. Il y en a 13 attestés dans le dénombrement du Prieuré en 1561 (1) et que l'on retrouve au 18e siècle. Trois autres (Crot, Semblanet, Velet) n'apparaissent qu'au 17e siècle mais se trouvent auparavant dans une autre paroisse du Prieuré. Enfin j'ai ajouté à la liste Chamey, cité dans les tabelles de 1730 et qui a donné le Chamel de nos jours fréquent.

Aucun de ces noms n'est menacé d'extinction. Plus de Charlet au Couteray, mais beaucoup à Chamonix (c'était d'ailleurs le nom le plus courant dès 1561). On trouve aussi des Pache, des Semblanet dans le canton, des Roux à Saint Nicolas.

Ces noms sont d'ailleurs souvent répandus en France: les Ancey ne sont pas rares en Saône-et-Loire, les Bozon et surtout les Claret très nombreux hors de Savoie, sans parler des Charlet bien plus fréquents dans le Nord que chez nous, ou des Vellet de Genève, des Vouilloz de Finhaut ou des Ançay de Fully (cf. le Répertoire des noms de famille suisses). Cela est dû selon les cas à l'émigration ou à de simples homonymies.

Pour l'explication qui suit, j'ai adopté la répartition habituelle en quatre catégories.

 

Noms individuels ou prénoms

Aucune difficulté à expliquer Charlet, diminutif de Charles, issu de l'allemand Karl. Vouilloz ne pose pas non plus problème. Notons seulement que le z final (comme celui de Devillaz), bien qu'attesté au 16e siècle, est une simple fioriture et qu'il n'y a aucune raison de le prononcer, sauf pour faire "comme les étrangers". Les tabelles l'écrivent d'ailleurs Veuliod, Veuilliot, Veuillod, Vulliod; on trouve aussi plus tard Vuilloux ou Vullioux, remarquables variations qui montrent et la difficulté de transcrire la mouillure du l et même de noter la voyelle finale après l'accent. Cela dit, cette forme avec ses variations (et d'autres comme Vuillet) est un diminutif du prénom allemand Wilhelm qui donne en français Guillaume et d'autres diminutifs comme Guillet ou Guillot. Le sens originel évoque la volonté et la force.

Certains veulent expliquer Mermoud par la même origine. Ce patronyme est très fréquent en Savoie sous diverses formes comme Mermet, Mermoux ou Mermoz (graphie de 1561). Il faudrait y voir les dérivés Guilhermet ou Guilhermot eux-mêmes abrégés en Lhermet ou Lhermot et, par assimilation des consonnes, Mermet, Mermot, etc. Cependant on peut se demander si un même prénom a pu donner chez nous un ensemble aussi abondant (voir plus loin).

Quant à Ancey, beaucoup moins répandu à époque ancienne (une seule mention en 1561) que de nos jours, et dont la graphie flotte d'Ansaye (1561) aux Ansai ou Ansay des tabelles, c'est un nom à la fois obscur et susceptible de bien des hypothèses. Fenouillet (les Noms de famille en Savoie, 1893) l'explique par un nom latin Ancius que je n'ai pas retrouvé ailleurs. Solin-Salomies proposent un Antius et M. Th. Morlet cite Anseis et Anseisus, formés sur le radical germanique de la divinité païenne Ans (le prénom Ans-helm, le casque ou la force d'Ans, a la même origine).

D'autre part un manuscrit chamoniard de 1459 (cf. reproduction p. 17) relate le procès fait à "Henrietta, uxor Petri Onsesii", ce que Perrin (dans ses Documents relatifs au Prieuré, vol. 2) traduit par "Henriette, femme de Pierre Onsey", et Paul Payot (au Royaume du Mont-Blanc) y voit une "Henriette Ancey". Le rapprochement est tentant, mais est-il justifié? Anseisus cité plus haut (et attesté hors de Savoie) a pu donner, vu le flottement des nasales et par déplacement de l'yod, Onsesius, mais cette finale en -esius ne peut guère évoluer vers -aye ou -ey. Les clercs rédacteurs de l'acte de 1459 ont-ils latinisé à leur fantaisie la forme populaire? On ne peut l'affirmer, de même qu'on ne peut expliquer Ancey par l'Anseis beaucoup plus ancien, en l'absence de chaînons intermédiaires.

Dès lors, il paraît plus raisonnable de recourir à une explication en partie différente, en rapport avec le prénom Anselme précisément. La terminaison -helm, déjà vue, et qui se retrouve dans de nombreux prénoms (Anthelme, Ethelme, Sancelme) s'est affaiblie dans le cas de Wil-helm pour donner Vuillet ou Guillet (cf. plus haut). On peut faire le même rapprochement entre Sancelme et le toponyme Sancey dans le Doubs. Pourquoi ne pas voir dans Ancey (ou même Ansaye) une évolution analogue du prénom Anselme, d'ailleurs assez répandu en Savoie (cf. A. Gros, Dictionnaire des noms de lieu de Savoie, pp. 30 et 104)? Notons d'ailleurs que, sans citer Ancey, Dauzat n'exclut pas d'expliquer parfois Ancel de la façon que je viens de suggérer (Supplément, p. 606).

Pour Bozon (ou Boson), c'est un nom de personne très ancien, celui par exemple du roi de Bourgogne, beau-frère de Charles le chauve, mort en 887. Le terme est à l'origine formé sur la racine germanique de l'adjectif böse (méchant, malin). Naturellement le sens originel était sans doute complètement effacé quand on est passé du nom individuel au nom de famille. A noter d'ailleurs que dans le dénombrement de 1561 c'est la forme Bosson que l'on trouve (cf. aussi Bossoney), ce qui signifie épicéa en patois. Simple erreur de graphie? Certains considèrent d'autre part que Claret peut être un diminutif du nom de saint Clair, qu'il faut lui-même expliquer (voir plus loin).

 

Noms géographiques

La tradition à Vallorcine considère volontiers Berguerand comme l'un des plus anciens noms de la vallée. Cependant aucun auteur français ne l'explique ni même ne le signale. L'érudit valdôtain Berton, pour sa part, a fait un relevé des familiaires de la région de Courmayeur et il note à la Thuile plusieurs Bergairand. Il explique ce nom par la racine germanique Berg et traduit par montagnard, ce qui paraît vraisemblable. Le suffixe -and ou bien -rand est connu (la Frasse, lieu planté de frênes, donne le nom de famille Frasserand et le hameau près de Montroc). Les Berguerand (ou Bergairand, quasi-homonymie, à moins qu'il n'y ait eu immigration dans un sens ou dans l'autre) pourraient ainsi représenter ces montagnards germanophones du Haut-Valais, ces Theutonici auxquels la moitié de la Vallis Ursina est accordée dans la charte d'albergement de 1264. Signalons cependant que les tabelles, à côté de nombreux Berguerand, citent un Marguerand et plusieurs Margueron(d). Simples erreurs de graphie encore?

Quant à Ancey, le mystère s'épaissit si on fait le rapprochement (fort risqué) avec le village homonyme situé dans les environs de Dijon. Dauzat l'explique par un Antiacum dérivé du nom d'homme Antius. Les Ancey de Saône-et-Loire, s'ils ne descendent pas d'immigrés vallorcins, peuvent à la rigueur s'y référer; quant à nous, l'éloignement paraît l'interdire.

D'autres noms n'ont rien d'énigmatique. Les Dunant (ancienne orthographe de ce vieux nom vallorcin), peu nombreux à époque ancienne (trois feux en 1561, quatre dans les tabelles), tirent leur nom du hameau sis près du Nant de l'Aup (cf. E v'lya n° 1). Quant aux Devillaz, une explication analogue est plus douteuse: il y a en 1561 deux fois plus de Devilla à Vaudagne (6) qu'à Vallorcine (3). Même si cette famille est implantée depuis fort longtemps dans le hameau de la Villaz en particulier, on peut seulement dire de ce nom (qui prend dans les tabelles les formes Deviliat, Devilliat, Divilliat, et jamais de -az) qu'elle désigne à l'origine les habitants d'une "villa", maison paysanne ou ensemble de cette sorte (cf. E v'lya n° 2). De même, les Crot (ou Croux, ou Croz) ne sont pas les habitants originels du hameau sis dans un creux caractéristique (cf. E v'lya n° 2): ils n'arrivent à Vallorcine qu'au 17e siècle, et c'est d'ailleurs comme Ducrot un patronyme courant.

 

Noms de métier

Un seul nom vallorcin est assurément un nom de métier: Tournier (ou Tournis), qui signifie tourneur. C'est le nom le plus fréquent de la paroisse en 1561 (15 mentions contre 12 à Claret et 9 à Mermoz). A l'époque des tabelles, on le trouve encore, ainsi que le composé Claret-Tournier, mais il s'agit de propriétaires qui n'habitent plus la vallée -- et cela ne signifie pas que l'usage des tours de potier était fréquent avant d'être abandonné. Le sens premier du nom était sans doute bien oublié.

On m'a suggéré d'expliquer Burnet en rapport avec la fabrication des cheminées en bois, les bournes ou burnes, mais ce n'était pas un métier distinct de celui de menuisier, d'ailleurs pratiqué par tous, et il existe une explication plus simple. De même nous rejetterons l'étymologie qu'un service de Minitel indique pour Ancey, qui viendrait d'ancillus, serviteur. Ce terme a donné soit Ancel, soit, après vocalisation, Anceau; le reste est fantaisie. Je ne crois pas non plus à l'une des deux explications que Fenouillet et Cellard donnent pour Claret, dérivé de Clair qui se serait confondu avec clerc, homme d'église. Je proposerai plus loin une étymologie plus simple et plus plausible.

Reste le mystérieux Pache (on trouve aussi Page dans les tabelles, mais ce n'est sans doute qu'une graphie de hasard). Fenouillet est certain de son fait. Il nous renvoie à un nom latin Pactius (invérifiable) et traduit par notaire. Quant à Dauzat, plus prudent, il rappelle que le pache est en ancien français un pacte, un traité (cf. le verbe latin pangere, qui a aussi conduit au pach allemand); il ajoute "le sens du surnom est obscur." Comment peut-on en effet qualifier un homme à partir d'un terme abstrait? On peut cependant se demander s'il n'y aurait pas là une sorte de métonymie, procédé qui consiste à désigner une réalité par une autre ayant un rapport déterminé avec la première. Ici l'individu aurait été désigné par sa fonction, il se serait signalé par tel pacte conclu ou il aurait eu pour fonction d'en conclure; il s'agirait alors sinon d'un notaire, tout au moins d'un vendeur, d'un maquignon par exemple.

 

Surnoms

Revenons à des eaux plus tranquilles avec la catégorie des surnoms dont beaucoup sont faciles et courants; surtout Roux qui désigne à l'origine un individu reconnaissable à la couleur de ses cheveux. Ces caractérisations physiques se retrouvent aussi dans Claret, l'homme au teint clair (mais le latin clarus signifie aussi illustre; un Claret pourrait donc avoir été à l'origine un personnage célèbre) et dans Burnet (qui est initialement Brunet), l'homme aux cheveux bruns ou au teint sombre. C'est la forme Brunet que l'on trouve en 1561 et les tabelles hésitent entre les deux. Il y a là ce que l'on appelle une métathèse, une inversion de sons: c'est ainsi que le col de l'Encrenna était nommé par A. Charlet de Trélechamp le col d'Inkerna. Signalons enfin qu'il y avait une famille Blanc à Vallorcine au 16e siècle.

D'autre part, il n'est pas rare que les surnoms soient empruntés au monde animal. Un Velet, ou plus couramment Vellet, est ainsi nommé parce qu'on le compare pour son allure fantasque à un jeune veau. Quant au Chamey devenus Chamel, cet l final ne doit pas induire en erreur. Il faut expliquer le patronyme non en référence à camelus le chameau, mais à camox le chamois. Ce surnom a dû marquer à l'origine une ressemblance entre l'agilité d'un individu et celle de l'animal.

Revoici Mermoud, qui est très probablement un dérivé de merme, adjectif ancien issu du latin minimus, qui signifie très petit ou le plus petit. L'abondance même de ce nom dans nos régions, avec ses variantes, fait sans doute allusion à la petite taille fréquente de certains Savoyards, population plus robuste qu'élancée. Cependant le terme peut aussi désigner le plus jeune d'une famille, le mineur orphelin, etc. Ces raisons physiques ou sociales me font préférer cette explication à la première.

Il ne reste plus que le nom "bien de chez nous" des Semblanet, qu'aucun dictionnaire n'explique ni ne mentionne. Le plus raisonnable serait sans doute d'avouer son impuissance. Je vais quand même risquer une hypothèse, en partant du suffixe -net ou -nay(e), fréquent dans nos régions (cf. Bossoney, de Bosson, ou Jordanay, en face de Jordan). Cela nous conduit à une forme simple Semblant, non attestée comme patronyme, je le reconnais, mais peut-être n'est-il pas absurde d'en tirer un sobriquet Semblanet, qui aurait désigné à l'origine un individu aimant à faire semblant, soit pour dissimuler sa pensée, soit pour plaisanter. Ce n'est qu'une suggestion.

En tout cas, l'ensemble des noms vallorcins est, comme on l'a vu, fort divers d'origine et va du plus facile à expliquer au plus énigmatique. J'ai fait le tour des explications connues et proposé quelques hypothèses. Le dossier n'est pas clos.

Michel Ancey

(1) Je me suis référé aux travaux de Maurice Gay des Pèlerins, que je remercie pour ses informations érudites.

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"Fô alâ icoure"

26 Juillet 2005 , Rédigé par Michel Ancey Publié dans #Patois - Etymplogie

Fô alâ icoure

Il faut aller battre

Atrô cou tote li mèzon ayan d'blâ eu regâ.

Autrefois toutes les maisons avaient du blé dans la grange (à blé).

L'blâ ére raeutrâ l'ôtan é septaeubro.

Le blé était rentré à l'automne, en septembre.

Eu mè d'novaeubro, apré avè fè l'bouè, y ére l'uvre di z om: fôchè icoure.

Au mois de novembre, après avoir fait le bois, c'était l'ouvrage des hommes: il fallait battre (les céréales).

I prègnè preu de taeu pè fâre chly uvre é y ére tote on savè fâre.

Ça prenait beaucoup de temps pour faire ce travail et c'était tout un savoir-faire.

L'tsapon (trè dzevale) ére dilyètâ, la dzevala assebin é dèssirâ.

Le "tsapon" (réunion de trois javelles ou bottes) était détaché, la javelle l'était aussi, puis desserrée.

L'dzévale ére pozâ daeu l'fouè, ina la téta don lâ, l'atra a l'atro,

Les javelles étaient placées dans le fouè (aire de battage), l'une la tête d'un côté, l'autre de l'autre,

l'piâ pi pré de l'ipanda, pè c'lou z ipi chan maeu pré d'la r'va.

le pied (de la javelle) plus près de la paroi (du fouè) pour que les épis soient moins près du bord.

L'blâ bin daeu l'fouè, i y ayè pamé c'a bouchi dechu avoué l'iflèyé.

Le blé bien placé dans le fouè, il n'y avait plus qu'à taper dessus avec le fléau.

Decou l'bouè de l'iflèyé bouchive contra l'ipanda deu fouè é arétâve la cadansa; i se pèrseviè daeu to l'vlazo (on dijè: "Y ére on apraeuti").

Parfois le bois du fléau frappait contre la paroi du fouè, ce qui arrêtait la cadence et s'entendait dans tout le village (on disait: "C'est un apprenti").

Pè fâre pi vito, on poyè fâre a dou: s'teni de coute, avanchi é mimo taeu, bouchi avoué l'iflèyé l'on apré l'atro, é pa s'le fotro pè lou code.

Pour aller plus vite, on pouvait travailler à deux: se tenir côte à côte, avancer en même temps, frapper avec le fléau l'un après l'autre, et ne pas s'en donner un coup sur le coude.

Apré avè tapâ l'blâ d'on bè à l'atro deu fouè, fôchè r'viri li dzevale saeu dechu dezô.

Après avoir tapé le blé d'un bout à l'autre du fouè, il fallait retourner les javelles sens dessus dessous.

Y alâve miô pè icoure can l'taeu ére sè é frè; avoué la plodze, lou gran colâve a l'épi.

Cela allait mieux pour battre quand le temps était sec et froid. Avec le redoux, les grains collaient à l'épi.

Can y ayè pamé d'gran daeu lou z ipi, la palya ére voutâ avoué la fourtse é bouè é mèssâ é dzirba.

Quand il n'y avait plus de grain dans les épis, la paille était enlevée avec la fourche en bois et mise en gerbe.

Pé fâre la dzirba, dou lin éran pozâ é travèr deu fouè; fôchè fâre le lin avoué la palya: avoué la palya de sèla y ére preu éjâ é le lin ére solido;

Pour faire la gerbe, deux liens étaient posés en travers du fouet; il fallait faire le lien avec de la paille: avec du seigle, c'était très facile et le lien était solide;

avoué l'fromaeu é l'ouèrdzo y arvâve c'a sôtâve é y ére pâ éjâ de refâre can la palya ére é plasse.

avec le froment et l'orge, il arrivait qu'il casse et ce n'était pas facile à refaire une fois la paille en place.

La palya ére araeudjâ é bracha contra lou dzoné, recouarbâ daeu lou bè é mèssâ daeu lou lin:

La paille était arrangée en brassée contre les genoux, rabattue aux deux bouts et mise dans les liens:

dave eu trè brachè, é on lyétâve,

deux ou trois brassées, et on attachait,

é la dzirba ére mèssâ daeu la louye deu regâ.

et la gerbe était placée dans la louye (emplacement réservé à la paille) du regâ (grange à blé).

L'gran sobrâve eu fan deu fouè tanqyè la titse n'ére pa fornètâ.

Le grain restait au fond du fouè tant que le tas (de blé) n'était pas fini.

Can y an y ayè trouè, on l'amassâve eu bè deu fouè.

Quand il y en avait trop, il était amassé au bout du fouè (du côté de l'entrée).

'na dzirba l'matin, dave l'apré-midzouar, y ére s'c'on poyè fâre.

Une gerbe (environ dix tsapons) le matin, deux l'après-midi, c'est tout ce que l'on pouvait faire.

L'gran batu fôchè vanâ.

Le grain battu, il fallait vanner.

L'van pozâ chu la sala, a pou pré on d'mi car d'blâ dedaeu, fôchè é premi levâ l'van avoué lou pougnè, preu ô, l'teni contra l'vaeutro, apré sacoure l'gran on cou don la, on cou dé l'âtro, pè qyè l'gran é r'tombaeu évolâve la peufa é l'balé.

Le van posé sur la salle (chaise spéciale), à peu près un demi-quart de blé dedans, il fallait d'abord soulever le van avec le poignet, assez haut, le retenir contre le ventre, ensuite secouer le grain d'un côté et de l'autre, pour que le grain en retombant fasse s'envoler la poussière et la balle.

L'pi grou vyâ, fôchè brafâ a pla, don la dé l'âtro é s'tègnaeu to couèrbo, pè qyè lou z ipi é li granne de coutèta sortèssa dechu é fôchè li voutâ avoué on pinso fè avoué de plonme de polalye.

Le plus gros parti, il fallait brasser à plat, d'un côté et de l'autre en se tenant bien courbé, pour que les épis et les graines de coutète (mauvaise herbe) ressortent au-dessus du grain et il fallait les enlever avec un plumeau fait de plumes de poule.

On cou vanâ, l'gran ére mèrdza avoué l'car é mè daeu l'icrin.

Une fois vanné, le grain était mesuré avec le quart et mis dans le coffre.

Apré, avoué la potse a gran, on l'r'pragnè pè r'pli la fate pè l'menâ vè l'mouni.

Plus tard, avec la poche à grain, on le reprenait pour remplir le sac qui servait à l'emporter chez le meunier.

Dzozet à la Mandine

Dzozet à la Mandine


Can l'vaeu va chu Outa, praeu ta fô é te vouta. Can l'vaeu va chu Chi, praeu ta fô é va sèyi.

Quand le vent souffle en direction d'Aoste, prends ta faux et va-t-en (quitte le champ). Quand le vent va sur Sixt, prends ta faux et va faucher (proverbe vallorcin).


Note de la rédaction

Comme l'an dernier, le texte en patois a pour auteur Dzozet à la Mandine, mais sa transcription écrite est de notre responsabilité.

Nous avons voulu un texte lisible de tous sans confusion. Chaque lettre correspond à un son unique: ainsi l's se prononce toujours comme dans sol, l'y comme dans Lyon. Pour ne pas trop perturber le lecteur nous avons cependant écrit un s double entre voyelles (cf. amassa) et remplacé le c notant habituellement le son guttural, du Couteray par exemple, par un q devant l'y (cf. pè qyè).

Quant aux voyelles, nous avons distingué à chaque fois l'a (de mal) du â (de mâle) par un accent circonflexe sur ce dernier. L'é (comme dans blé) est toujours noté avec l'accent aigu, l'è (comme dans après ou mais) est toujours écrit avec l'accent grave.

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Les noms de cours d'eau vallorcins

25 Juillet 2005 , Rédigé par Michel Ancey Publié dans #Patois - Etymplogie

Chaque numéro de cette revue consacrera une rubrique à l'explication des noms propres de la vallée, avec pour but de découvrir l'explication de termes obscurs ou curieux, et à cette occasion, de relever les traces des divers peuplements qu'a connus la vallée, les Celtes, les Gallo-romains, et ces Teutonici (Germains) auxquels la vallée est concédée dans la charte d'albergement de 1264.

Utilisant divers ouvrages traitant du sujet, nous présenterons parmi les diverses hypothèses la plus raisonnable à nos yeux.

Dans ce premier numéro, nous traiterons des cours d'eau (ou hydronymes).

Il faut commencer par l'Eau Noire (Aqua Nigra) et la Barberine (Barberina), les deux noms de torrents qui figurent seuls (au côté du Salenton) dans le texte de 1264.

Pour la Barberine, E. Muret, en 1909, proposait deux explications en référence avec la terminaison latine du mot et les noms d'hommes, latin (Barbarius) ou médiéval (Barbarin), sans expliquer le rapport avec la vallée. Dans cette hypothèse, la terminaison en -inus paraît indiquer un domaine appartenant à un homme qui lui donne son nom. Mais en l'occurrence, le nom de Barberine, vu l'importance respective des lieux, a dû désigner le torrent et la vallée de montagne bien plutôt qu'un simple hameau de la vallée, lequel au contraire doit sans doute son nom au torrent.

Wipf propose, lui, la racine celtique Bar ou Ber, qui signifie sommet. Mais cela n'a rien ici de caractéristique. D'autre part, il faut supposer la répétition Bar-ber (comme dans Barberèche), mais pourquoi?

D'autre part, en dépit de R. Boyer, mettre en relation Barberine et les Barbari, ou barbares, c'est-à-dire les étrangers à la vallée, dont le torrent marque l'une des frontières, ce n'est guère aimable pour les Valaisans, même germanophones. Au surplus, si l'on devait considérer comme étrangers tout ce qui est à l'est du Prieuré, la véritable frontière avec la vallée du Rhône serait bien plutôt au col de Balme.

Dauzat, lui-même incertain, est tenté par un rapprochement avec la racine gauloise Borb marquant l'idée de bouillonnement (cf. la Bourbre dans l'Isère; cf. peut-être aussi le Nant Borrant aux Contamines). C'est nettement meilleur, et le redoublement se justifierait par une volonté expressive. En tout cas, le torrent, avant le barrage, était bien bouillonnant. Resterait à expliquer le changement de voyelle (dont on trouve d'autres exemples).

Quant à la pièce de Musset, la Quenouille de Barberine, elle incite à rêver à un poète romantique trouvant le nom de son héroïne dans notre vallée (où il n'est jamais venu). Il s'agit en fait d'une simple homonymie. Le sujet est emprunté à la 21e nouvelle de Bandello, auteur de la Renaissance italienne, dont le personnage Barbera reçoit chez Musset le diminutif plus gracieux de Barberine.

L'étymologie de l'Eau Noire ne pose évidemment pas de problème. Cela n'a pas retenu les imaginations. Le savant Paul Lebel, s'appuyant sur un certain L. Jacquot, auteur d'une recherche sur les noms de lieux en Chablais, écrit: "Eau noire: ruisseau (sic) de la frontière du Valais... le soleil donnant fort peu dans ces parages, l'eau du ruisseau paraît noire en certains endroits". Que les Vallorcins ne s'offusquent ni du ruisseau ni du Chablais! Bien des cartes anciennes placent en effet Vallorcine au bout de la vallée d'Abondance.

Pour la couleur de l'eau, l'explication est simple. Si l'eau de Bérard, la "grosse eau", charrie du gravier qui polit les rochers sur tout son cours et leur ôte toute végétation, c'est l'inverse pour l'Eau noire qui, née des neiges d'Encrena, descend du col des Montets peu abondante souvent et fort pure, sans user les pierres de son lit, d'où les mousses aux reflets sombres qui y poussent, et l'impression d'une eau noire -- au moins jusqu'au confluent. Reste à savoir pourquoi c'est la petite eau dont le nom l'a emporté sur la grosse au Moyen Age.

Quant aux autres noms, moins anciens, plusieurs restent mystérieux. Il y a d'abord l'eau de Bérard. Le col et les aiguilles du même nom qui, entre les Rouges et le Buet, ferment le haut de la vallée quand on les regarde de Finhaut ne sont pas considérés comme la limite de Vallorcine dans la charte de 1264 qui parle au contraire du Salenton. Le nom de Bérard paraît donc plus récent. Est-ce d'ailleurs celui de la vallée, du torrent ou de la fameuse pierre? En tout cas, le sens est obscur. Ni Wipf ni Dauzat n'en parlent, pas même pour faire le rapprochement qui paraît s'imposer avec la Bérarde dans l'Oisans. On pourrait songer à la racine celtique Ber (ou Bar) indiquant le sommet, mais les aiguilles de Bérard n'ayant rien de très caractéristique ont probablement tiré leur nom de la vallée ou de l'alpage en contrebas, comme très souvent (Charlano, Floria) et non l'inverse. On a songé, comme le rappelle M. Boyer, à expliquer le terme par le verbe patois bera, boire. La pierre à Bera aurait été ainsi nommée d'une source située près d'elle et où les bêtes seraient venues se désaltérer. Mais, entre les glaciers de l'envers des Rouges et les névés du Buet, les eaux abondent, même après les travaux de captage qui n'ont pas réussi à tout capturer.

Il reste que ce nom de Bérard est connu comme patronyme et même initialement comme un prénom, d'origine germanique. C'est une sorte de doublet de Bernard -- et dans les deux cas avec pour sens "la force de l'ours". On peut supposer que cette haute vallée a tiré son nom d'un certain Berard ou Bernard qui s'y serait imposé en maître, mais on ne connaît personne de tel. Et d'ailleurs comment une vallée qui n'est même pas à proprement parler une vallée d'alpage aurait-elle pu recevoir le nom d'un seul propriétaire ou détenteur d'un droit d'albergement particulier? On est plutôt tenté de se demander s'il n'y a pas là une trace du parler germanique qui a dû être pratiqué à Vallorcine pendant une longue période par les Teutonici, et si la vallée de Bérard n'est pas la haute vallée des ours nommée à partir du radical allemand Bär (ours) -- comme Vallorcine, plus bas et dans son prolongement, doit son nom depuis plus longtemps encore au radical latin ursus (ours). Mais résistons à la tentation.

La vallée de Tré-les-Eaux pose moins de problèmes. Le préfixe tré vient du latin trans et signifie au-delà. On a la même forme aux Contamines avec Tré-la-Tête (vallée glaciaire au-delà d'une tête rocheuse). La vallée de Tré-les-Eaux est donc exactement cette partie de la vallée située à droite de l'Oreb (ou plutôt de la "Vouille mousse") que l'on trouve quand on a franchi la gorge à la montée pour déboucher dans ce bel espace où les Vallorcins conduisaient les génissons.

Détail curieux: le savant M. Lebel signale un cours d'eau nommé Buétine "qui prend sa source au pied du Buet". Si quelqu'un a entendu utiliser ce nom, qu'il me le dise. Une rivière perdue, ce serait dommage!

Les quatre principaux torrents et leurs hautes vallées ne doivent pas nous faire oublier divers affluents. Sur la rive droite de l'Eau Noire, il n'y a guère que le nant Vouilloz au plan d'Envers. Le nom du torrent est à expliquer par celui du nom de famille.

Sur la rive gauche, quatre nants. Au Couteray, le nant de la Meunière ou du Mouni, cours d'eau artificiel dont le nom se passe d'explications. Plus bas, on trouve le nant de Lo, qui pose d'abord un problème d'orthographe. Il ne s'agit évidemment pas de l'abréviation de Loriaz, d'autant que ce torrent ne naît pas dans l'alpage même de Loriaz, mais en contrebas. Je pense qu'il faut comprendre Lo comme l'au, ou l'aup, terme que l'on trouve par exemple en Chablais, dans Saint-Jean-d'Aulps, où l'on voit bien le radical du mot alpe ou alpage. Cf. aussi le fameux Credo dans l'Ain, qui n'est autre qu'un crêt (ou crête) d'aup, ou alpage. En tout cas, cet au n'est pas de l'eau, comme le patois le montre bien, à la différence de l'eau de Tré-les-Eaux. D'ailleurs, ce nant impose sa présence dans la vallée par un hameau et un patronyme.

Plus bas encore, le nant Betterand qui, passant sous la route, va se jeter dans l'Eau Noire, près du Bettex (ou Bétais), lieu-dit de la maison de Joseph Bozon (héros du livre Vallorcine au XVIIIe). M. Boyer signale à propos du Bettex de Saint-Gervais, un mot latin populaire, betellum, signifiant le bourbier. L'explication est admissible ici: les replats où le nant termine sa course peuvent prendre cet aspect, même si la construction du "nouveau quartier" (cf. article sur A. Vouilloz) a transformé le paysage.

Reste le nant du Ran, à expliquer bien sûr par le lieu lui-même, c'est-à-dire par le couloir de la plus belle avalanche de Vallorcine. Le terme n'est pas clair pour autant. Le dictionnaire de patois savoyard de Desormaux ne nous apprend rien; les étymologistes signalent un radical ranc indiquant des rochers escarpés, ce qui conviendrait assez bien puisque le couloir en question descend raide de rochers situés sous la barre des Perrons. Cependant, ce radical très noble, puisque pré-celtique selon Wipf, se trouve surtout représenté en Dauphiné ou dans le Midi (avec la finale c ou g), mais pas dans notre région. Faut-il l'admettre ici?

Un simple mot sur la gouille du Sasset, si bien située au pied de l'aiguille de Loriaz. L'étymologie probable est celle de saxum, terme latin signifiant rocher; c'est aussi par saxum qu'on explique sur le versant opposé les Cé Blancs (ou Saix Blancs), rochers blancs. On peut considérer Sasset comme une sorte de diminutif par rapport à Saix.

En tout cas, d'origines préceltique, latine ou germanique, et plus souvent encore douteuse, les cours d'eau vallorcins sont capables de faire couler beaucoup d'encre. Ce sera encore plus vrai pour les noms de familles ou de lieux.

Michel Ancey

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Noms de villages vallorcins

25 Juillet 2005 , Rédigé par Michel Ancey Publié dans #Patois - Etymplogie

Nous poursuivons notre recherche de l'étymologie des noms vallorcins par celle des hameaux, nommés villages en Savoie.

Noms très faciles à expliquer

Le Nant doit son nom au fait qu'il s'étage à proximité du principal affluent de l'Eau Noire, le nant de l'Aup (cf. E v'lya n° 1; quant au mot nant lui-même, il est celtique, il désigne une vallée et, par extension, un torrent.

La géographie impose l'explication du Plan-Droit ou de l'endroit, du Plan d'Envers ou de l'envers. Ce dernier est volontiers nommé le Plane ou le Plano en patois. Quant à la curieuse redondance, le Plan du Plane, elle désigne l'ensemble des terres relativement plates situées entre le Plan de l'envers et le bas de l'avalanche qui descend des Posettes. Les Parts-du-Plane sont les écuries de printemps où les habitants du hameau mettent leurs bêtes et se partagent les pâtures communales (cf. F. et C. Gardelle, Vallorcine, p. 81).

Les Montets ont un rôle analogue. Le nom s'explique simplement par le fait que ces constructions sont situées vers le haut de la montée de la vallée et non à cause du col du même nom, beaucoup trop éloigné. Le col lui-même a probablement reçu son nom des habitants de Trélechamp plus proches de son sommet, et non des Vallorcins. Marc Burnet me signale que son grand-père disait "passer la Portella" ou "sur la Portella" pour franchir le col.

Enfin le Crot (à prononcer avec un o ouvert comme dans bol et non avec un o fermé comme dans pot) signifie le creux. Son emplacement justifie son nom: il est blotti dans une légère dépression de terrain au pied de la forêt, à l'abri des avalanches. Quant au mot creux lui-même, il semble qu'il soit d'origine celtique et non latine.

Quant à Vallorcine même (Vallis ursina, vallée des ours), c'est un nom collectif désignant tout le pays et non un hameau particulier ni le chef-lieu qui, à proprement parler, n'existe pas.

Noms demandant explication

Venant de Barberine (dont nous avons parlé à propos des cours d'eau dans E v'lya n° 1), nous trouvons dominant la grand-route le Molard. C'est un terme assez courant dans nos régions (cf. Chamonix, la Mollard). Dauzat l'explique par le mot latin mola, signifiant la meule, et pouvant par extension représenter une butte. Il me semble préférable de se référer à un diminutif molarium du mot latin moles qui signifie une masse. Dès lors, le Molard désignerait une masse de terrains, un tertre supportant un hameau -- ce qui correspond tout à fait à la disposition des lieux.

La Villaz située au-dessus du Molard lui-même (orthographiée dans les tabelles Vie, Villas en passant par Villia, qui est sûrement plus conforme au patois) s'explique facilement: on se réfère à la villa latine, qui était la propriété campagnarde des Romains et par conséquent une ferme, d'où d'ailleurs les mots français village et plus curieusement ville. Mais pourquoi de tous les hameaux vallorcins, celui-là s'appelle-t-il tout simplement "la" ferme ou "le" village? Peut-être parce que vu son altitude il était fait au départ d'écuries de printemps qui représentaient pour les maisons d'en bas (celles du Molard) "la" ferme, "la" maison vers laquelle on déplaçait les bêtes avant la montée en alpages.

Beaucoup plus haut, entre Plan-Droit et Nant, nous rencontrons le Morzay (Morgey dans les tabelles). On peut se référer à une racine pré-celtique mor, désignant la pierre -- et que l'on rencontre souvent dans les Alpes: Morgex, Morcles, Morzine et aussi les Morzaizes, pierrier de la vallée de Bérard. Le hameau serait alors désigné par les épierrements pratiqués à cet endroit. Mais Vallorcine tout entière se signalait à l'époque pastorale par l'abondance de ses murgers (murdzi en patois), ou tas de pierres placés en limite des champs ou au bord des chemins. Pourquoi désigner ainsi ce village plutôt qu'un autre? On peut penser que la proximité du Nant de l'Aup a dû longtemps menacer les propriétés du Morzay. Le torrent a pu les inonder à plusieurs reprises et même changer de lit: on voit entre Morzay et Plan Droit un vallonnement où le nant a pu passer à époque ancienne. Dès lors les habitants du Morzay se seraient employés non seulement à épierrer leurs champs inondés, mais à construire un grand murger, une sorte de digue de pierres pour se protéger en détournant le cours d'eau vers son lit actuel.

Tout en haut de la vallée, nous trouvons l'ensemble des lieux-dits regroupés sous le vocable général du Couteray. L'explication par le coutre (ou tranchant du soc de la charrue) est sans valeur dans un pays où on pratique la teppe (voir E v'lya n° 1). La référence, proposée par M. Boyer, au coutre, noisetier, coudrier ou varoce, ne vaut guère mieux, parce que ces arbustes sont peu abondants à Vallorcine où les chèvres, à époque ancienne, ne les auraient pas laissé pousser, et ils ne semblent guère dépasser le niveau du Crot. Il faut donc renoncer à expliquer ce terme comme le Coudray de Passy par exemple.

Au surplus le mot se prononce normalement en trois syllabes, ce qui le distingue nettement de tous les toponymes tirés du nom latin corylus ou coudrier (en ancien français, couldre, d'où La Couldre ou La Coudre dans le canton de Vaud). Les tabelles proposent d'ailleurs les graphies Couteret et même Coutaret. Pour mieux tenir compte de la prononciation et de la géographie, je renvoie au lieu-dit Cottarey ou Couttarey de la commune de Saint-Alban (73). Dès lors l'étymologie est simple: costareta, diminutif du latin costa, et signifiant petite côte, terrain en pente, comme c'est le cas.

Restent sur le chemin de Bérard, les écuries de printemps de la Poya. Contrairement à ce qu'il semble, ce mot est clair. Il signifie montée, aussi bien en patois vallorcin que chamoniard (cf. le lexique de Mme Claret édité par les amis du vieux Chamonix). On connaît d'ailleurs la Poya des Tines. Sans doute faut-il remonter au mot latin, d'origine grecque, podium, désignant une plate-forme et par extension une sorte d'éminence, et donc la montée qui y conduit.

Noms difficiles à expliquer ou mystérieux

En face de la Poya, de l'autre côté de l'eau de Bérard on trouve les maisons du Laÿ (à prononcer en deux syllabes). Vu les sites respectifs, il semble d'abord difficile d'expliquer de la même façon ceux de Vallorcine et des Contamines. Cependant c'est peut-être leur environnement qui explique ces deux termes. Le chanoine Gros signale à Montaimon (73) l'expression "en layaz" qui signifie dans le bois. On aurait dû écrire et comprendre en l'aya, ou en l'aye, dans le bois. Il faut remonter à la forme première agia, donnant aya, puis aye, éventuellement aÿ en deux syllabes, signifiant la haie et par suite le bois. Cet agia viendrait du germanique hagia. On le retrouve dans toute la France: cf. Saint-Germain-en-Laye (= dans la forêt). En ce qui concerne notre Laÿ, anciennement L'aÿ, devenu par redoublement de l'article Le Laÿ, il signifierait donc le bois. Sans doute faut-il penser qu'à époque ancienne la forêt descendait plus bas. Quant au Laÿ des Contamines, il est lui-même au pied de la forêt.

Dominant aussi le Couteray, mais vers l'aval, nous rencontrons les maisons du Chanté (ou Tsanté en patois; les tabelles proposent aussi Chantelet, Chatey et Chateler). Le terme pose problème, ne serait-ce qu'en raison de la variété des graphies et des prononciations. Cela dit, si l'on s'en tient à la forme Chanté, dont on trouve des équivalents en Valais et Val d'Aoste, il semble qu'il faille remonter à la racine pré-indo-européenne cant désignant une éminence rocheuse.

Enfin le Sizeray ou Siseray. M. Boyer propose une explication apparemment satisfaisante. Il se réfère au latin caesura, coupure, et justifie l'étymologie par la proximité de la grande avalanche qui coupe la vallée non loin de là et dont l'église se protège avec sa fameuse "tourne". Ce serait donc l'endroit où Vallorcine serait coupée en deux l'hiver.

Cependant, en patois le hameau se nomme le Sourzeray et, de nos jours encore, ses habitants des Sourzeriards. C'est un nom qu'on ne saurait récuser, mais l'expliquer n'est pas évident. Compte tenu du fait que le g français est l'équivalent du dz vallorcin (cf. murger, mordzi), je propose l'étymologie du verbe surgere, surgir en parlant d'une source, sourdre. Le "village" se serait donc implanté là en profitant de sources nombreuses, ce qui est facilement admissible.

Cependant les difficultés ne sont pas toutes surmontées pour autant. Le hameau est nommé Chozerey dans les archives de 1743 (cf. Lévi-Pinard, p. 161). Faut-il alors y voir, comme pour les Chosalets d'Argentière, un diminutif de casa, ou petite maison? C'est douteux. Nous ne sommes pas au bout de nos peines: les tabelles de 1730 désignent l'endroit comme le Sesarey ou Sesaray avec une belle constance. On n'accusera pas le tabellion de n'avoir pas su écrire ce nom alors que d'autres sont parfaitement reconnaissables. Il travaillait d'ailleurs avec l'aide de gens de la paroisse (cf. p. 6). Mais peut-être y a-t-il eu dialogue de sourds entre des Vallorcins goguenards et un fonctionnaire dur d'oreille? En tout cas si ce dernier nom a bien été utilisé, l'étymologie m'en échappe complètement. Tenons-nous en donc prudemment au Sourzeray du patois le plus récent.

Nous avons donc rencontré des racines pré-indo-européennes, c'est-à-dire antérieures aux Gaulois, celtiques, latines, et même une germanique, mais rien de spécifiquement vallorcin, sauf le mystère à tiroirs du Sizeray.

Michel Ancey.

Erratum. Une erreur impardonnable m'a fait écrire dans E v'lya n° 1 que le mont Oreb s'appelait en patois "la Vouille mousse". C'était "l'Avouille Mousse", l'aiguille émoussée donc arrondie, qu'il fallait lire. Cf. Dictionnaire savoyard de Désormaux.

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Page de patois

25 Juillet 2005 , Rédigé par Michel, Jean-Luc ? Publié dans #Patois - Etymplogie

 

Atrô cou tui lou tè éran recrévi è ifáeula.

Autrefois tous les toits étaient recouverts en ancelles.

P'li fáre i ayè preu d'úvra: cópa 'na lárze de premi choi sáeu snion é quiè fáeudisse bin drè.

Pour les faire, il y avait pas mal d'ouvrage: couper un mélèze de premier choix, sans noeuds, et qui se fende bien droit.

Can lou tè n'éran pa chlyoutrá, li z ifáeula éran de soíssanta centimètres de lóndjeu; p'lou tè chlyoutrá, la lóndjeu ère de fíncanta.

Quand les toits n'étaient pas cloués, les ancelles étaient de soixante centimètres de longueur. Pour les toits cloués, la longueur était de cinquante.

Li bílye cópá éran d'abóar écartelá a la sèilyá, pouè, le blan é le métá voutá a la pioletta; pè pa abimá la pioletta, fauchè bouchî dechu avoué 'na machû.

Les billes coupées étaient d'abord fendues en quatre quartiers au coin de fer, puis l'aubier et le milieu enlevés à la hachette; pour ne pas abîmer la hachette, il fallait taper dessus avec un maillet.

L'cártí ère copá pé épétcheu de cátro ifáeula marcá d'avance pé on p'tchou cou d'ifáeulieu, pè quié l'moírcé sobre de la míma épètcheu dezo quié dechu.

Le quartier était coupé par épaisseurs de quatre ancelles marquées d'avance par un petit coup de fer pour que le morceau reste de la même épaisseur dessous que dessus.

Ch'a pa la míma épètcheu de cé de lé, l'moírcé fórnè a ráeu dezo.

S'il n'y a pas la même épaisseur d'un côté et de l'autre, le morceau n'a plus d'épaisseur dessous.

Aprè, l'moírcé é fáeudu è dou, pouè par ifáeula, la váeuna copá d'icaíre.

Ensuite, le morceau est fendu en deux, puis par ancelles, la veine coupée d'équerre.

Can la lárze fáeudjiè mal, pè raeu pèdre l'moírcé ère fáeudu chu l'itáve; féta dinse, l'ayè l'difô d'se fáeudre eu solé.

Quand le mélèze se fendait mal, pour ne rien perdre le morceau était fendu sur la veine à plat; faite ainsi, l'ancelle avait le défaut de se fendre au soleil.

On cou fáeudu, fauchè tote li tsápota a la pyoletta, li drèfi de cé de lé a peu prè d'la míme lárdjeu é on cou chu l'pla.

Une fois fendues, il fallait toutes les échapoter (= les aplanir) à la hachette, les rectifier de chaque côté en sorte qu'elles aient à peu près la même largeur et leur donner un coup sur le plat.

Can l'boué ère fin é bin drè, l'ifáeula ère fornetta eu bán-fou avoué l'coéuté párieu.

Quand on avait du bois fin et bien droit, on finissait l'ancelle sur le ban-fou avec la plane (le couteau égalisateur).

Restáve a lé z inpíla pé rólyon: on ran è lon, on ran è lárdzo.

Restait à les empiler par "rolions": un rang en long, un rang en large.

Fíncanta ran fan l'rólyon quié recrevè cátro mètres cára deu tè.

Cinquante rangs font un rolion qui recouvre quatre mètres carrés du toit.

Chu l'tè, l'poin d'on ran a l'átrô se fá a saíde centimètres deu la deu váeu é de díza a dize-ouè de la bíza.

Sur le toit, la distance d'un rang à l'autre est de seize centimètres du côté du vent et de dix-sept à dix-huit du côté bise.

Dézo lé z ifáeula, lou tè éran fè è late tsèvelyè dan li rive.

Sous les ancelles, les toits étaient faits en lattes chevillées dans les bords.

C'lè late éran fète avoué on la è ryan.

Ces lattes avaient une face arrondie.

E pè izola l'tè de la cousse li jouinte éran garnyè de móssa.

Et pour isoler le toit de la tourmente, les joints (entre ces lattes) étaient garnis de mousse.

Pè t'ni li z ifáeula è plasse é pè pa q'le váeu li sofle, l'tè ère tcharjá de pire chu 'na travirse.

Pour tenir les ancelles en place et pour empêcher que le vent ne les fasse s'envoler, le toit était chargé de pierres reposant sur une traverse.

L'Dzozè a la Mandine


Can lou ditelare van a Tsalande, on a lou lyasson a Páquyé.

Quand les gouttières coulent à Noël, on a les glaçons à Pâques (proverbe vallorcin).


Note de la rédaction

Le texte de patois est du Dzozè à la Mandine, que les Vallorcins reconnaîtront. Mais la transcription est de notre responsabilité. Nous avons voulu que le patois ressemble à du patois et non pas à du français déformé. Nous avons voulu d'autre part qu'il soit lisible par tous. C'est pourquoi les sons, autant que possible, sont notés d'une manière unique, et lisibles comme on les lirait en français. Nous avons cependant pour les autres voyelles que e noté par un accent, au cours du mot ou à la fin, la syllabe que la prononciation souligne (exemple: chlyoutrá). D'autre part, la lettre e est écrite avec ou sans accent dans les mêmes conditions qu'en français. Icaire est écrit ainsi pour pouvoir conserver la lettre c devant le son ai et marquer en même temps le rapport étymologique avec écartelá. Quant à l'y, il marque toujours et seulement le son mouillé de l'yod (exemple: li bílye = les billes). Enfin, l'élision de la voyelle initiale de l'article féminin (exemple: 'na lárdze) est marquée par une apostrophe, et la liaison éventuelle du pluriel par un z isolé (exemple: lé z inpíla).

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