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LA MAISON DE BARBERINE

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Le rendez-vous des Vallorcins de Paris

4 Mai 2008 , Rédigé par Patrick Publié dans #Personnages Vallorcins

M. Maurice Canat, ancien maire de la commune, nous a adressé en janvier 1993 une longue lettre dont nous publions ci-dessous la partie relative à l'émigration des Vallorcins vue à travers ses souvenirs d'enfance. Il termine en affirmant n'avoir jamais eu "la plume très ouvrière". Nous le remercions d'autant plus vivement de la vivacité et de l'abondance de son récit.

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt et de plaisir l'article d'E v'lya n° 5 sur les Vallorcins de Paris. J'y ai retrouvé, avec une émotion nostalgique, les souvenirs de mon enfance. Aussi, je ne puis me défendre du plaisir d'évoquer la fraîcheur de celles qui furent mes belles années.

Mes souvenirs remontent à la guerre de 1914. Mon père, mobilisé, nous envoyait, ma mère, ma soeur, mon frère et moi, à Vallorcine chaque année, dès que le train marchait, car l'hiver il s'arrêtait à Chamonix ou aux Tines. Nous allions, jusqu'aux vacances, à l'école des Plans. C'est là que j'ai connu tous les Vallorcins de ma génération et que j'ai contracté un besoin permanent de me retremper aux sources.

Nous arrivions, dès que possible, au Crot, chez mon grand-oncle Clément, et nous vivions la vie des petits Vallorcins, nos voisins. Nous échappions ainsi aux bombardements et ne grevions pas trop le maigre budget des allocations militaires. La famille subsistait, comme toutes les autres au pays, sur les ressources de l'exploitation familiale, essentiellement de laitages, de pommes de terre, avec un morceau de lard le dimanche. Je suis même allé, en 1914, aux dernières vendanges à Martigny, et j'ai gardé un vague souvenir de la montée de la Forclaz dans la hotte de l'oncle.

Nous gardions les vaches aux champs et allions le soir aux Rupes pour la rentrée du troupeau de chèvres. Nos jeux n'avaient trait qu'à la vie rurale qui nous entourait, évoquant uniquement les occupations pastorales.

Et puis, en octobre, nous prenions le dernier train pour Paris, en pleurant jusqu'au tunnel des Montets, et nous nous consolions dans une étape de quelques jours à la Pallud, chez Agathe Ramus qui était une grande amie de ma mère. Nous nous réjouissions des excentricités de son oncle qui lui faisait de petites misères, et nous nous bourrions de prunes qui nous donnaient la colique. J'ai été sensible au rappel de son retour et de celui de Marcelle, à qui j'ai encore rendu visite il y a quatre ou cinq ans.

Le souvenir de Joseph Ancey m'a également ému. "C'est le doyen de la commune", disait ma mère; un titre mystérieux qui devait cacher des pouvoirs redoutables. Son âge vénérable l'auréolait d'une sorte de majesté. On ne l'appelait que par son nom: "monsieur Ancey", et non Clovis ou Ludivine ou Camille à Bonaventure, comme tout le monde. Il m'impressionnait fort, fossilisé dans le soleil sur le banc de la Philomène. Quand je passais par là, je filais, en jetant toutefois un regard curieux, mais craintif, sur ce patriarche qui aurait bientôt cent ou mille ans -- je ne savais pas au juste, mais en tout cas, c'était énorme.

Mais j'en reviens à l'objet de ma lettre: l'appel aux souvenirs des Vallorcins de Paris. Puisque je possède quelques-uns de ces souvenirs, je vais les livrer avant qu'il ne soit trop tard.

Jusqu'à la guerre de 1914, l'émigration vers la capitale fut un phénomène généralisé chez les jeunes adultes. Cela a été le cas de ma grand-mère (sur la photo de la page précédente, elle a son chat sur les genoux et sa fille assise près d'elle) et de beaucoup de gens de la génération de mes parents. Dans les premières décennies de la troisième République, un Vallorcin, M. Burnet, avait ouvert une fabrique de caoutchouc spécialisée dans les fournitures pharmaceutiques; elle est encore connue sous ce nom. C'est lui qui assurait l'accueil et souvent l'emploi des Vallorcins qui rejoignaient la capitale et se fixaient à Ivry où était l'usine. J'ai connu dans ma jeunesse ce vieillard imposant.

Puis, dans les années 1880, ma grand-mère, Mme Bonnaz, venue comme petite bonne en maison bourgeoise et qui avait épousé un Vaudois, cocher de maître, avait acquis un petit café-restaurant, près des Invalides, 22 bis rue Jean Nicot (photo de la page précédente). Ce café, où je suis né, existe toujours. Il devint le point d'accueil et de rendez-vous des Vallorcins, et même de bien des Chamoniards. Je ne l'ai pas connu car je n'avais que trois ans quand le fonds fut vendu mais, par mes parents, j'ai dû connaître tous nos concitoyens qui vivaient en région parisienne: Francis Dunand et sa famille; Maurice Claret, fils de Michel; Albert et Elise Claret, enfants de Vincent de la Villaz; les Ramus, bien entendu; Germain Semblanet, employé au métro, et sa femme Eugénie; l'abbé Semblanet, curé de Saint-Mandé; d'autre part, les filles de Vallorcins mariées à Paris: Mme Depoisier, mariée à un épicier de la rue Washington; Mme Perroneau, mariée à un sergent de ville; des Chamoniardes: Mme Gouley, Mme Arnold née Devouassoud, Mme Dejonghe née Bossoney, Mme Devouassoud du Raincy...

La plupart de ces relations se sont maintenues jusqu'à nos jours quand les générations sont représentées. Avec la famille de Francis Dunand, les relations s'étalent dans l'intimité sur cinq générations; la sixième ne manifeste pas encore de langage articulé, mais tous les espoirs sont permis. Il n'y a guère qu'une dame de Vallorcine dont j'ai su l'existence sans la connaître -- quel dommage! Elle tenait une confiserie rue du Louvre.

Pour mieux souder encore cette fidélité aux origines, il existait une société amicale, "les Enfants du Mont Blanc", qui réunissait les originaires du haut Faucigny jusqu'à Sallanches environ. M. Selleti et M. Picandet en furent les présidents. Mon père était secrétaire ou trésorier. Elle nous rassemblait une fois par an en un banquet, suivi d'une sauterie où Eloi Berguerand -- futur maire de Vallorcine (voir photo p. 9), le père de Jacques -- faisait danser ma soeur en attendant de rentrer au pays pour y ouvrir l'hôtel de l'Ermitage. Enfin, boulevard Beaumarchais, un journal, le petit Savoyard, donnait les nouvelles locales des deux Savoies (fac-similé ci-dessus).

N'oublions pas que tous ces Savoyards étaient, pour la plupart, des gens très modestes, qu'il n'y avait pas de congés payés et que, par conséquent, le besoin de retrouver leurs origines ne leur laissait que la ressource de se rapprocher de leurs compatriotes.

Ensuite, le développement du tourisme a permis de s'employer à proximité et de façon plus rémunératrice, si bien que cette émigration a pratiquement cessé, ou s'est faite par d'autres voies. Je n'ai guère connu à Paris de Vallorcins de ma génération ou de celles qui ont suivi, mais il faut sans doute continuer l'enquête et susciter d'autres témoignages.

Maurice Canat


On pouvait lire cet entrefilet dans le numéro du 23 décembre 1909 du Petit Savoyard (qui diffusait des nouvelles locales à l'intention des émigrés dans la capitale): "VALLORCINES (sic). -- Edifice communal. -- Le conseil municipal de Vallorcines vient de décider la construction d'une maison communale servant de mairie et où seront logés également le bureau des postes et la section des gendarmes."

 

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Histoire d'une cloche

26 Juillet 2005 , Rédigé par Jules Ancey Publié dans #Personnages Vallorcins

Il était une fois un vieux prêtre, l'abbé Claret (1), retiré du saint ministère et revenu dans sa paroisse natale. Ayant probablement une certaine fortune, il avait fait construire près de chez lui une chapelle, presque une église, avec un clocher pourvu d'une cloche unique. Plus tard, le clocher de la chapelle, tombant en ruine, devint dangereux et fut abattu.

Par la suite, la guerre sévit entre la France et l'Allemagne. Il fut question d'assurer la victoire grâce à "l'acier victorieux" (2). La guerre durant, la pénurie était venue et le gouvernement d'alors ordonna que tous les citoyens apportent sur les quais de gare leurs détritus ferrugineux. La cloche fut donc descendue jusqu'à la gare de Vallorcine, où elle échoua inutilisée sur le tas de ferraille de l'endroit. On l'offrit aux établissements Paccard d'Annecy, qui n'en voulurent pas.

Un jour, j'étais avec une équipe en gare de Vallorcine quand je reçus un coup de téléphone de mon chef de dépôt, M. Treuillon. Il me demandait, avec l'aide de mes camarades, de charger cette cloche sur un wagon envoyé pour cela, puis, une fois à la gare du Fayet, de la conduire près de son domicile, dans son jardin; renversée, elle devait faire une superbe vasque. Tout cela fut fait à sa grande satisfaction. Fin du premier acte.

Le curé de la paroisse, M. Domanget, avait construit une église avec clocher, mais démunie de cloche. Passant près du jardin, il s'avisa que cette cloche aurait très bien fait son affaire. M. Treuillon voulut bien la lui remettre. Elle fut, au cours d'un séjour au dépôt du Fayet, munie d'un battant, puis avec l'aide d'une équipe de cheminots, hissée dans le dit clocher. Depuis, la cloche qui avait bercé mon enfance a reçu du renfort, mais elle berce encore mes vieux jours.

Jules Ancey

Jules Ancey est né à Barberine le 28 juillet 1904 (on peut voir sa mère et sa grand-mère arrachant les pommes de terre sur la carte postale reproduite en couverture du n° 2 de la revue). Après avoir contribué à l'installation électrique d'un certain nombre de maisons de Vallorcine dans sa jeunesse, il entra aux chemins de fer en 1937, comme l'avait fait avant lui son père Séraphin. Il prit sa retraite au Fayet.

Il est mort à Mornex le 12 avril 1991, peu après avoir rédigé cet article et contribué à cette revue. Il est le père, le grand-père, le beau-frère ou l'oncle des fondateurs de l'association.

(1) Claude-Louis Claret, né et mort à Vallorcine (1805-1895), curé de Marlioz de 1852 à 1894. Cette même année, il se retira dans sa paroisse natale où il fonda le vicariat. Sa pierre tombale figure au cimetière de Vallorcine.

(2) Slogan fameux de la "drôle de guerre".

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Marie-Longine Claret, épouse Devillaz

26 Juillet 2005 , Rédigé par D'après sa petite fille Marcelle Publié dans #Personnages Vallorcins

Marie-Longine Claret
épouse Devillaz

Marie Claret est née sans doute à Barberine, dans une maison maintenant détruite, sise au-dessus de celle de Camille Ancey, le 15 mars 1856. Elle était la fille de Virginie Claret, née en 1829, et la soeur d'Alexandre Claret, père de Léon qui devint plus tard le propriétaire de l'Hôtel Savoisien à Chamonix, et de Nicolas dit Edouard, qui alla s'installer en Algérie où il fit souche.

Elle épousa le 7 avril 1881 Joseph Devillaz, dit "le petit sergent", bien qu'il n'ait jamais pour sa part effectué de service militaire (il bénéficia au tirage au sort d'une exemption pour future paternité). Le surnom lui venait de son père Joseph, dit pour sa part le Sergent pour avoir effectivement porté ces galons.

Avant son mariage, elle alla travailler comme bonne à tout faire, en particulier dans les hôtels. C'est ainsi qu'elle se rendit, à pied en passant par les cols du Salenton et d'Anterne (une douzaine d'heures), à Sixt et même à Samoens. Elle portait alors sur son dos une petite caisse en arolle contenant ses affaires personnelles. Dans une autre place, à l'hôtel du Châtelard près de Servoz, elle se fit traiter de voleuse, racontait-elle, simplement pour avoir mangé un restant de pommes de terre cuites de la veille.

Elle finit par accumuler trois mille francs d'économies qu'elle apporta en dot lors de son mariage le 7 avril 1881. Cela lui permit de prendre ses beaux-parents en viager dans la maison de Barberine où elle passa ensuite toute sa vie. Cette maison a depuis été nommée la Marie-Joseph en l'honneur des grands-parents par la famille Henri Mugnier.

De ce mariage naquirent onze enfants, tous mâles sauf l'aînée, mort-née. Sur les dix garçons il y eut deux fois des jumeaux dont l'un mourut en bas âge, et sur les huit vivants, sept furent mobilisés à la guerre. Edouard disparut le 13 octobre 1914 à Ecuries dans le Pas-de-Calais. Toute sa vie, sa mère continua d'espérer son retour.

Parmi ses activités, il y avait le jardinage où elle était une vraie pro. On l'appelait "la mam du courti" et les cousins du Plan-Droit venaient chercher chez elle des plantons.

Dans l'armoire de la maison se trouvait, soigneusement pliée, une tunique blanche qu'elle avait elle-même tissée en toile de lin. "C'est l'habit des filles de Marie", disait-elle à sa petite fille, "il faudra me la mettre quand je partirai, avec la croix de bois." C'est ce qu'on a fait au mois d'avril 1938.

Le 15 août de la même année, son mari la rejoignit. Un an plus tard mourait son voisin Séraphin Ancey et avec eux une grande part du vieux village de Barberine.

D'après les souvenirs de sa petite-fille Marcelle,
épouse Mugnier, du vieux Servoz.

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Antoine Vouilloz

25 Juillet 2005 , Rédigé par Marc Burnet Publié dans #Personnages Vallorcins

De l'amour de Jérémie et de Marie Mélanie Michelin, naissait le 27 novembre 1882 au hameau de Barberine Antoine Vouilloz, qui fut baptisé le lendemain par le curé Ducroz en l'église de Vallorcine. Le parrain était Louis Aimé Ancey (1) de Barberine (son cousin germain, puisque la mère de Louis Aimé est Sophie Vouilloz, la soeur de Jérémie). La marraine était Marie-Louise Berguerand du Sizeray.

Son père, violoneux à ses heures de loisir, berce son jeune âge des accords de son instrument. Sa jeunesse a été celle de ses semblables: aider ses parents cultivateurs.

En 1911, on le trouve gérant de la coopérative, hôtel et magasin.

Son mariage avec Claret Augusta, dite "à Lucien", est célébré le 5 septembre 1912 à Vallorcine. De cette union naît le 13 mars 1914 Odile, épouse d'Ancey Michel Georges, aujourd'hui décédée.

Il fait construire le Bon Repos, avec bureau de tabac et café; après quoi la chance a fini de lui sourire. En effet, le 2 avril 1913, sa mère Marie Mélanie décède à l'âge de soixante-neuf ans. Son père Jérémie la suit de quelques mois, le 5 novembre 1913, à l'âge de soixante et onze ans.

Au décès de ses parents, Antoine était receveur buraliste. Le début de 1914 sembla lui sourire de nouveau, mais au mois d'août la Grande Guerre éclatait.

Antoine, incorporé au 11e B.C.A., montait au front. Blessé grièvement à Péronne, il décédait le 31 octobre 1914 à 5 h du soir dans l'ambulance de la division.

Il est enterré dans le carré militaire (tombe n° 36) du cimetière communal de Péronne dans la Somme. Son nom figure au bas de la liste du monument aux morts de Vallorcine, avec la mention 02 qui désigne la classe à laquelle il appartenait.

(Cf., au verso, son arbre généalogique et des cartes postales marquant sa présence ou son activité à Vallorcine).

Marc Burnet

(1) Louis Ancey et Sophie Vouilloz sont les bisaïeuls des fondateurs du Musée de Barberine.

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Cyrille Ancey

25 Juillet 2005 , Rédigé par Michel ? Publié dans #Personnages Vallorcins

Cyrille Ancey est le dernier habitant permanent de la vieille maison des "Colas" devenue depuis 1987 "la maison de Barberine, musée vallorcin".

Il y naquit le 27 novembre 1871. Son père Jean-Baptiste, fils aîné de Nicolas Ancey, et sa mère Claudine Berguerand, s'étaient mariés le 4 mai 1859, l'année précédant l'annexion. Cyrille fut le septième de leurs onze enfants.

Son livret militaire où figurent ses deux professions de forgeron et de propriétaire cultivateur nous indique qu'il fut incorporé au 22e Bataillon de chasseurs à pied d'Annecy de 1892 à 1895. On l'initie à l'escrime et à la gymnastique, mais il ne sait pas nager.

De retour au pays, il épouse en 1906 une "étrangère", une Valaisanne, Emilie Germanier. Elle lui donne trois filles et deux garçons.

Dès le 2 août 1914, il est mobilisé au 1er bataillon territorial, toujours à Annecy. Après un séjour d'un mois à l'hôpital de Vendôme en 1915 pour un hygroma du genou, il passe au dépôt du 1er BTCA d'Annecy, puis à celui du 17e RI de Lyon en 1917. Il n'est démobilisé qu'à la fin décembre 1918. Compte tenu de trois périodes effectuées entre 1898 et 1906, il sera donc resté à l'armée sept ans et demi entre sa vingt et unième et sa trente-septième année.

En 1921, sa femme quitte le domicile conjugal, le laissant seul avec cinq enfants âgés de 21 mois à 13 ans. Il doit travailler dur pour faire vivre seul sa famille. Il exerce ce qu'on appelle maintenant une double activité: ouvrier forgeron sur la ligne du Châtelard et agriculteur sur ses terres de Barberine, qu'il a rachetées en partie à ses frères et soeurs. Il ne possède qu'une vache, un cochon, des chèvres et des poules -- et à partir de 1944 des chèvres seulement, avec un bouc magnifique et efficace.

Il fait souvent la saison d'alpage à Loriaz comme berger, puis comme "fruitier" (fromager). L'âge venu, cela lui fut pénible. Il ne fit sa dernière "montagne" en 1944, à 73 ans, que parce que son fils Marcel, séracier (préposé à la fabrication du sérac) l'accompagnait et pouvait l'aider à soulever la tseudire (grande cuve à fromage).

En plus de son courage au travail, il était simple et sobre. Sa seule sortie consistait à monter à Vallorcine le dimanche après-midi pour y retrouver devant la mairie ses copains, en particulier Jules Ancey, dit Jules de la Poste. Discutant des nouvelles, il descendait avec lui au Bon Repos chez ses neveux Aimé Ancey (dit Charlot) et Lucette. Après avoir acheté du tabac pour sa pipe, Cyrille revenait à pied jusqu'à Barberine, toujours content de s'être fait ces petits plaisirs.

En 1949, il dut faire un court séjour à Chamonix chez sa fille Rosa Farini, pour y soigner une mauvaise grippe. Il y mourut sans bruit comme il avait vécu. Il fut enterré au cimetière de Chamonix le 20 mars 1949.

Ci-contre: devant la chavanne, la dernière "montagne" de Cyrille Ancey en 1944 (photographie donnée par Mme Philippon Ancey, belle-fille de Cyrille). De gauche à droite: Armand Mermoud (bovéron), Marcel Ancey (fils de Cyrille, séracier, mort en 1971), Cyrille (fruitier), Antoine Burnet (petit berger), Maurice Burnet (second berger, décédé), Armand Berguerand (maître berger).

En page 4, Barberine vu du Pontet (la maison de Cyrille, musée vallorcin, est la première à gauche du chemin).

En page 5, la poutre de l'ancien pêle de la maison de Cyrille, avec la date de 1705 et les initiales N.A. de Nicolas Ancey, le contemporain de la mappe (photo Lionel Ancey).

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Un témoin de la Révolution,

25 Juillet 2005 , Rédigé par Marc Burnet, Françoise et Charles Gardelle Publié dans #Personnages Vallorcins

Vincent Burnet est né à Vallorcine le 11 octobre 1756 et selon la coutume il fut baptisé le même jour par le curé Cruz. Il se marie vingt et un ans plus tard avec Marie-Josephte, fille de Joseph Bozon du Bettet, auteur du journal qui servira de base au livre de madame Levi-Pinard sur Vallorcine au XVIIIe siècle. En tenant son journal, le gendre va suivre l'exemple de son beau-père (1), ce qui n'est pas rare dans la vallée: l'instituteur Semblanet, Sourzériard comme Vincent, en offre un autre exemple.

Vincent semble n'avoir jamais quitté son village ni pratiqué l'émigration saisonnière. Sans doute était-il assez à l'aise pour pouvoir l'éviter: il a plusieurs vaches et sa réserve de gruyère.

Il habite non loin de la cure où se réunit le conseil dont il fait souvent partie, bien que la tâche lui pèse. Cette fonction, et sa répugnance à parler de lui-même ou de sa famille, feront de son journal une histoire de Vallorcine, voulue comme telle, et qui va de la fondation de la communauté au XIIIe siècle, jusqu'à l'époque qu'il a vécue et qu'il relate, de 1770 à 1818 (il meurt le 26 juin 1823).

Il accorde beaucoup d'importance au climat, facteur essentiel pour le paysan, alpin surtout. Il note les avalanches, les printemps tardifs entraînant mauvaises récoltes et disettes. L'alpage de Loriaz tient une bonne place: le vol du chaudron de cuivre, l'annexion de l'alpage de la cure, les montées tardives, la neige d'août entraînant la corvée de foin, la désalpe précipitée.

Le journal est surtout un précieux témoignage sur une époque politique capitale. Les Vallorcins sont informés par Martigny où ils vont au marché le lundi et où ils cultivent leur vigne. En cette année du bicentenaire, il faut se rappeler que la Savoie en 1789 n'est pas française, mais "sarde". Cependant les nouvelles parviennent assez vite: d'abord la Grande Peur ("Il ne se parle que de brigandage de tous cotez") (2), ensuite le 14 juillet, à propos duquel, sans mentionner la prise de la Bastille, Vincent écrit: "Ils ont commencé une révolte populaire dans toute la France, c'est bien extraordinaire". En revanche il ne dit rien de la suppression des droits féodaux, et pour cause; en 1786, la vallée les avait rachetés: "Vallorcine a payé 600 livres et on na payé en deux fois".

En septembre 1792, la Savoie est envahie et rattachée à la France. Vincent décrit les nouvelles institutions. Surtout il évoque le passage des émigrés. "On na couché icit au Sizeray quarante prêtres le 25 septembre (...) Il est étonnant, il y apacé depuit le 24 du dit mois (février 1793) des prêtres de dix à vingt par jour." D'abord ses sentiments ne font que transparaître: "Toute la paroisse estois apellé au Chamouni pour un conseiller général et par bonneur qu'il est venu une grosse lavanche par les Montets."

La persécution religieuse le choque profondément: "C'est triste monsieur le curé est resfugié en Valais (en réalité très près de là, aux Jeurs) et on n'antand plus la cloche." L'opposition à la Révolution croît avec la levée des conscrits que les Vallorcins refusent. Les soldats français occupent la vallée et les conseillers doivent les accompagner dans leur recherche des réfractaires: "A quelle triste promenade." Mais quand de jeunes Vallorcins rejoignent les troupes sardes qui tentent de recouvrer la Savoie, Vincent, bien qu'anti-français, blâme leur imprudence.

Vers la fin de la période révolutionnaire, l'auteur note les mouvements de troupes à Martigny, le pillage du Valais par les Français en 1798, le retour des Autrichiens, le passage du Grand Saint-Bernard par Bonaparte. Puis commence la partie du journal consacrée à l'Empire, et à la Restauration sarde que nous évoquerons dans un numéro ultérieur.

Si Vincent parle peu de lui-même, les traits de sa personnalité transparaissent: prudence, foi religieuse, solidité du jugement, curiosité à l'égard des informations venant du monde extérieur. Témoin de quatre régimes différents et de deux occupations militaires, il nous fait connaître les souffrances que les Vallorcins de son temps ont surmontées grâce à leur patience et à leur solidarité.

Marc Burnet, Françoise et Charles Gardelle

(1) Ce journal de 80 pages était déposé au presbytère, et un double photocopié avait été remis aux Archives. L'un et l'autre sont égarés.

(2) Orthographe du manuscrit respectée.

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Bonaventure Burnet, mon grand-père

25 Juillet 2005 , Rédigé par Marc Burnet Publié dans #Personnages Vallorcins

Le 13 juillet 1860 naissait Joseph Bonaventure Burnet, fils de Joseph-Marie et de Philomène Charlet. Il fut baptisé le 14, et du fait du récent rattachement de la Savoie à la France, ce fut le premier baptisé français de Vallorcine.

Le 28 août 1870, sa mère Philomène décédait brusquement, le laissant avec sa soeur Geneviève à la garde de leur père. Sa jeunesse ne fut pas rose; il me disait qu'étant enfant, s'il y avait des mouches dans sa soupe, il ne les enlevait pas: cela lui apportait un supplément.

Il fut certainement dans les derniers à "aller berger" en Tarentaise, à la Plagne de Macot par les cols de Voza et du Bonhomme.

Avant de partir pour le régiment, il construisit avec son père la grange à blé et le moulin à vent qu'on peut voir sur la photo de la page 5.

Après tirage au sort, il partit le 10 novembre 1880 pour le 2e régiment d'artillerie de Grenoble et fut démobilisé le 20 février 1885. A son départ le train ne dépassait pas Annecy. A son retour, il allait jusqu'à la Roche.

Atteint par la limite d'âge, mon grand-père ne fut pas mobilisé en 1914-1918.

Le 17 février 1886, il épousa Julie Mermoud, du Plane Envers. Ce fut un très bon parti, tout d'abord une excellente cuisinière, mais qui apportait aussi beaucoup de terres cultivables, des vignes à Martigny et de l'argent, d'où l'achat de deux vaches supplémentaires.

Jeune marié, Bonaventure fut très dur pour son épouse, nécessité faisant loi: en plus de son travail ménager, elle dut lui apporter les pierres sur l'échafaudage lors de la transformation de leur maison et de la construction d'un grenier. Le transport s'effectuait avec un "oiseau", sorte de hotte sans bretelles que l'on tenait avec les deux mains. Ma grand-mère fut cependant gâtée: elle possédait, chose rare, l'eau courante sur l'évier de sa cuisine, creusé dans un bloc de granit (lequel, lors de la pose, lui écrasa les doigts).

Le 18 juillet 1887 naissait leur premier enfant Camille (mon père), le 30 janvier 1889 le deuxième, Alfred. Le 13 juillet 1893 fut à la fois jour de joie et de deuil: naissance de la première fille Marthe, mais aussi, malheureusement, noyade accidentelle d'Alfred dans le bassin de la maison.

Le 10 novembre 1908, mon grand-père voit mourir son propre père Joseph-Marie.

Le travail de la terre, la garde et la traite des vaches, constituaient son activité principale. Mais, très habile de ses mains, il construisait aussi à la forge ou à la menuiserie ses propres outils, dont beaucoup existent encore. Il faisait des roues, des seilles, etc. L'été, il partait quelquefois plusieurs semaines pour construire des pêles, en Suisse ou ailleurs.

Il avait fabriqué un fusil à plombs, calibre 14, à broche. Ce fusil fut réquisitionné lors de la deuxième guerre mondiale et n'a pas été rendu. A ses temps libres, mon grand-père aimait "la braconne": chasse aux chamois (cf. photo page 5), marmottes, coqs de bruyère, et aussi le déterrage des marmottes (intéressantes avant tout pour leur graisse).

Devenu vieux, il aimait regarder à la longue-vue les allées et venues du gibier dans la montagne et signalait à ses fils et petits-fils leur présence et leurs mouvements.

Aux environs de 1920-1925, un très grave accident de bûcheronnage l'immobilisa plusieurs mois: un mélèze, en glissant, lui passa sur le corps, lui cassant toutes les côtes du même côté. Il en réchappa et, lorsque j'étais enfant, il me montrait son thorax: cela ressemblait aux doigts qui dépassent lorsqu'on se croise les mains.

C'était un homme très honnête, très droit, très réaliste aussi. Un jour, une personne lui demanda comment il allait. "Je vais très bien", répondit-il, et il ajouta: "Je vais à grands pas. -- Où allez-vous à grands pas? -- Je vais à la mort."

Son épouse Julie le quitta le 27 janvier 1940. Un jour où il fendait du bois, se sentant certainement sur sa fin, il demanda à sa petite-fille d'aller chercher le prêtre pour se confesser. Il décéda le 14 décembre 1948, à 88 ans. Sa mort fut comme sa vie: sans bruit.

Pour sa sépulture, il fut porté à dos d'homme sur le chemin de son baptême: la vieille route, le verglas rendant la nationale impraticable.

Marc Burnet

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