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LA MAISON DE BARBERINE

Articles avec #outils vallorcins tag

Activités hivernales: filage et tissage

26 Juillet 2005 , Rédigé par Françoise et Yvette Ancey Publié dans #Outils Vallorcins

 

Cette année, E v'lya propose à ses lecteurs une nouvelle rubrique Vivre à Vallorcine autrefois, dans laquelle nous souhaitons évoquer la façon de vivre de nos ancêtres dans leur travaux, dans leurs loisirs aux différentes saisons. Dans cette optique, nous avons choisi dans ce n° 4 de nous intéresser d'abord au filage et au tissage. Ces activités ont d'ailleurs fait l'objet de l'exposition annuelle du musée l'été dernier.

A Vallorcine, on achetait peu à l'extérieur, aux colporteurs on n'achetait que des rubans, des épingles, des livres, des remèdes... La plus grande partie des outils, des vêtements, des chaussures était faite sur place. Il y avait quelques artisans spécialisés: meunier, forgeron, cordonnier... mais l'essentiel était confectionné par chacun, chez soi, pendant les quatre ou cinq longs mois d'hiver où le travail aux champs était impossible.

La confection des draps, des étoffes, illustre bien cet aspect caractéristique de la vie d'autrefois à Vallorcine. Il n'y a pas si longtemps, lors de la Seconde Guerre mondiale, cette aptitude à se suffire s'est encore manifestée: après une ou deux générations d'interruption, on a filé à nouveau dans la vallée.

 

Le filage

De tous temps filer a été principalement l'affaire des femmes. Filer consiste à transformer des mèches de laine ou des fibres de chanvre ou de lin en fils. A Vallorcine, comme à peu près partout dans le monde, on a utilisé d'abord le fuseau (cf. dessin page suivante) et la quenouille, ensuite le rouet, perfectionnement ingénieux qui a permis une plus grande efficacité du travail (cf. photo ci-dessous).

Filer était certes une nécessité matérielle, mais comme beaucoup des activités de la civilisation paysanne, elle était source pour toute la communauté de contacts humains et d'échanges. Par exemple, pendant l'hiver, le soir à la veillée, les femmes filaient tout en bavardant, en échangeant des nouvelles ou des histoires. Filer était aussi l'occasion de développer une dextérité manuelle remarquable. Celui qui veut apprendre aujourd'hui peut très facilement s'en rendre compte.

A la veillée, les hommes de leur côté trouvaient dans l'activité du filage l'occasion de manifester leur habileté, car ils réparaient les rouets, leur ingéniosité car ils inventaient des perfectionnements au système d'enroulement des fils sur les bobines, etc. Pour d'autres, les fiancés par exemple, le filage permettait de manifester un sens certain du beau. En effet ils offraient à leurs promises des "pieds de quenouille" (supports pour les quenouilles) superbement sculptés de motifs floraux ou géométriques traditionnels dans la vallée (cf. photo de la page suivante). Aujourd'hui encore, ces beaux objets ornent souvent les maisons des Vallorcins de souche ou d'adoption.

 

Le tissage

Tisser consiste à tendre sur un métier des fils de chaîne avec un ourdissoir qui permet d'en préparer une grande longueur, et à entrecroiser des fils de trame de manière à obtenir une étoffe. On tissait aussi bien le chanvre et le lin que la laine. Avec le chanvre on confectionnait surtout les draps, le linge de maison, avec le lin le linge de corps, les chemises, les mouchoirs. En laine, on faisait les couvertures, le drap pour les habits. A Vallorcine on faisait aussi un tissu moins chaud mais plus solide que la laine appelé "mi-laine": la chaîne était de lin et la trame de laine.

Quand on pénètre dans un vieux pêle on remarque souvent des trous dans la paroi de bois et dans le plancher; c'est là que l'on fixait le métier.

Au début de l'hiver, on montait le métier qui avait été entreposé en pièces détachées durant toute la belle saison dans un coin de la maison. On installait ensuite l'ourdissoir arrimé dans le plancher et dans une poutre du plafond et l'on ourdissait le métier. Cette opération était si longue et minutieuse que l'on essayait de la faire le moins souvent possible. On tissait ainsi pour cette raison jusqu'à soixante-dix mètres du même tissu que l'on enroulait au fur et à mesure sur l'ensouple du métier.

Le tissage tout comme le filage, parce qu'effectué à l'intérieur de la maison, resserrait les liens familiaux. Les enfants eux-mêmes associaient leurs jeux à ces activités. Certains de nos anciens se souviennent avec plaisir des parties de manège qu'ils ont faites sur l'ourdissoir.

Le tissage était aussi l'occasion de manifester une certaine fantaisie. Elle s'exprimait en particulier dans la disposition des points, des couleurs. Il existait plusieurs manières de disposer les fils suivant qu'on utilisait le point de "serge", de "toile" ou de "chevron". Les couleurs permettaient aussi d'exprimer sa personnalité. On pouvait employer la laine en son état naturel écru, marron ou noir; ou teindre les fibres grâce à des sucs végétaux ou des produits minéraux en noir, bleu, rouge, rose, violet, vert... En mariant les couleurs de façon personnelle et en variant la largeur des raies, chaque famille obtenait des tissus qui lui étaient propres. Certaines familles montrent encore avec fierté des fragments de "touède" tissés et portés par leurs aïeux.

Autrefois, il était indispensable pour nos ancêtres d'accomplir eux-mêmes de nombreux travaux que nous ne faisons plus aujourd'hui. Ceux-ci, quoique souvent fort pénibles, favorisaient cependant un art de vivre que nous découvrirons à l'occasion d'autres articles.

Françoise et Yvette Ancey

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Les outils agricoles vallorcins (I)

25 Juillet 2005 , Rédigé par Françoise et Yvette Ancey Publié dans #Outils Vallorcins

Essai de classement des outils agricoles traditionnels vallorcins dans une typologie nationale

En France, dès les années de l'entre-deux-guerres, les machines agricoles ont fait disparaître des campagnes presque tous les outils traditionnels -- seuls ont été conservés ceux des travaux des jardins --, mais la situation est différente dans les deux Savoies. En effet dans notre pays, la modernisation s'est heurtée à ce qui est l'un des caractères principaux des exploitations agricoles savoyardes: les terres en pente.

De cette particularité, d'ailleurs observable aussi dans la plupart des régions de montagne de France et d'Europe, il a résulté que les machines agricoles, cette fois adaptées aux conditions naturelles montagnardes, ne firent réellement leur entrée dans notre pays qu'après la Seconde Guerre Mondiale.

Cependant, à Vallorcine, à cette époque, ces machines agricoles ne font pas leur apparition, puisque c'est le moment où les activités agricoles diminuent sensiblement. Les témoignages (outils conservés, photographies) et les souvenirs sont ainsi nombreux, à peine oblitérés. Actuellement il n'y a presque plus d'exploitations agricoles, il reste surtout les jardins et des prés où viennent prendre pension des animaux de plaine. Pourtant l'agriculture ayant été l'activité principale des Vallorcins depuis toujours -- elle reste suffisamment présente dans l'esprit de certains et est un centre d'intérêt pour la plupart --, ainsi une étude des outils les plus typiques utilisés se justifie.

 

REMARQUES PRELIMINAIRES. Avant de passer en revue les outils agricoles vallorcins, il semble nécessaire de faire quelques remarques préliminaires. L'agriculture, à Vallorcine, a été une agriculture de montagne, principalement tournée vers l'élevage, dont nous ne traiterons pas cette fois-ci. Ce que nous essaierons de cerner, en revanche, sera l'outillage utilisé pour cultiver et récolter: céréales, fourrage et pommes de terre.

Nous nous attacherons à étudier les seuls outils utilisés à Vallorcine, en essayant d'en préciser, le cas échéant, les particularités, les originalités, le nom patois. Il faut noter cependant que pour ce faire, il nous faudra utiliser un classement valable pour les outils en général. Nous adopterons donc dans cet article, chaque fois que cela se justifiera, la typologie élaborée aux A.T.P. (Musée des Arts et Traditions Populaires.)

 

PREPARATION DES SOLS. Nous commencerons notre voyage dans les outils agricoles vallorcins en regardant tout d'abord les outils servant à la préparation des sols.

Percussion posée. Nous distinguerons parmi eux une première série: les outils à bras et parmi ceux-ci, en premier les outils à percussion posée. Ce sont les outils que l'on pose sur le sol avant d'attaquer celui-ci: outils du type bêche. La lame de ces outils est fixée dans le prolongement du manche.

A Vallorcine, pour préparer le sol d'un champ, on apporte du fumier, soit pendant l'hiver à l'aide d'une luge munie de planches sur le côté, soit déjà à l'automne, ou au printemps, avec une hotte (bnéte). On le met sur le champ par petits tas et on l'épand avec la traïn (ou trident, ainsi nommé malgré le nombre de dents: elle en a en effet quatre ou cinq, qui sont recourbées et en métal). Par sa forme, la traïn est rattachable au type de la fourche-bêche, qui est utilisée de préférence à la bêche lorsque la terre est trop compacte, caillouteuse, car ses dents pénètrent plus facilement dans le sol. L'usage de la traïn ici présenté n'est évidemment pas celui de la fourche-bêche.

Percussion lancée. Pour préparer les champs de pommes de terre, on va se servir d'outils à percussion lancée, c'est-à-dire d'outils qu'on projette pour attaquer le sol: outils de type houe. La lame de ces outils forme un angle avec le manche.

Les houes ont un rôle important et varié: elles coupent la terre, l'émiettent, la retournent (sans ramener en surface les couches profondes du sol, à la différence de ce que peut faire la bêche). Elles égalisent le sol, tracent des raies, dressent des buttes. Il y a de nombreuses variantes suivant la forme et les dimensions des parties travaillantes, l'angle formé par ces parties et le manche et la longueur de celui-ci, dont dépendent certaines attitudes de travail de l'utilisateur. Elles peuvent posséder une ou deux parties travaillantes. Nous allons en voir quatre exemples maintenant à Vallorcine.

Pour préparer un champ, on va d'abord soulever la terre, seulement pour ameublir mais sans retourner, ceci avec un solévieu, ce qui équivaut à la labourer, puis on finira le travail en tournant (retournant) avec le fasseu.

Pour un champ en pente le travail présente une particularité notable: on va devoir faire la teppe pour éviter que la terre ne s'accumule vers le bas au fil des années. On commence par bien repérer les limites du champ, puis on découpe les mottes (teppes) de sa partie la plus basse avec la delabre et on les soulève avec le solévieu. Après avoir disposé la bnête sur un trépied (le tsardjieu) afin de pouvoir la charger sur les épaules, on y place les teppes qu'on remonte au sommet du champ. On découpe ainsi selon la raideur de la pente deux ou trois raies représentant au total de 60 à 80 cm (la largeur des teppes est elle-même variée). La première raie une fois transportée on soulève la seconde avec le solévieu, elle se "tourne" seule, de même pour la troisième éventuelle. Quant à la terre qui se trouve mise au jour une fois la teppe enlevée, on en extrait les cailloux et on l'enlève avec une pelle après l'avoir piochée. Enfin, on utilise le betcheu pour ameublir la motte transportée avant de déposer par-dessus la terre pelletée.

Disons simplement en ce qui concerne la seconde série d'outils servant à préparer les sols: les outils ou instruments attelés, qu'on ne s'en est pas servi à Vallorcine, où il n'y a jamais eu, par exemple, de charrue.

 

OUTILS SERVANT AUX PLANTATIONS ET AUX SEMAILLES. Après avoir préparé les sols, on plante et on sème. Les outils utilisés à cet effet méritent, eux aussi, notre attention. Pour semer les céréales, on se sert d'un sac à semer: le vagni. C'est le seul ustensile utilisé pour cette opération.

Pour planter les pommes de terre, on les apporte avec la bnéte et on les jette à la volée sur le sol. Pour les planter, on ne trace pas des raies (ce qui est typiquement vallorcin!). A l'aide d'un capion, on ouvre la terre par places sur dix centimètres environ, on y introduit le tubercule et on referme. Le capion, qui est une houe puisque sa partie travaillante fait un angle avec le manche, est ici utilisé comme plantoir.

Pendant la période de pousse des pommes de terre, au bout d'une quinzaine de jours, et avant la levée, on devra les biner, arracher les mauvaises herbes: les rototser avec un rototcheu. On laisse donc les mauvaises herbes ainsi au soleil pour les faire sécher afin qu'elles ne prolifèrent plus. Plus tard, quand les pommes de terre sont levées, on les capine avec un râtelet à trois dents plates en fer forgé.

Ces outils sont bien sûr à rattacher au type du râteau. Les râteaux sont composés d'une traverse de bois sur laquelle sont fixées des dents et un manche. Les dents peuvent former une seule rangée ou une double rangée. Le manche est fixé, par rapport à la traverse, perpendiculairement ou obliquement. Les râteaux à une rangée et à manche droit servent à râteler, ramasser, rassembler (fourrage dispersé après le fanage, paille éparse qu'il faut réunir pour la mise en meules ou pour le chargement, feuilles tombées encombrant un champ ou un jardin). Tout en fer, il sert pour le jardinage; en particulier à égaliser la terre meuble. Il serait intéressant de procéder à un inventaire exhaustif, à la lumière des indications ci-dessus, des râteaux utilisés à Vallorcine.

 

Nous verrons dans un prochain numéro les outils employés pour les autres travaux agricoles. En attendant, si le lecteur veut en savoir plus, il sera le bienvenu à l'exposition qui se tiendra à la Maison de Barberine (Musée Vallorcin) du 15 juillet au 15 août. Là il pourra voir certains des outils traités ici ou qui seront traités la fois prochaine. A cette occasion, nous serons heureux de pouvoir recueillir tous les renseignements et toutes les corrections que certains pourront apporter à nos propos. Merci d'avance et à bientôt. Arvi pas!

Françoise et Yvette Ancey

Nota: Le classement typologique utilisé dans cet article est celui des A.T.P. (Techniques de production: l'agriculture, par Mariel J. Brunhes Delamare et Hugues Hairy).

Merci à M. et Mme Camille Ancey pour leur aide et leurs renseignements pertinents

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Les outils agricoles vallorcins (II)

25 Juillet 2005 , Rédigé par Patrick Publié dans #Outils Vallorcins

Nous avons, dans le n° 1, quitté le lecteur après avoir traité des outils servant aux plantations et aux semailles. Nous l'invitons maintenant à regarder avec nous les outils servant à la récolte.

 

RECOLTE

Certaines plantes sont cultivées pour leur partie souterraine: pommes de terre, betteraves (raves, choux-raves: râva-tsu); on les récolte en les extrayant, en les arrachant du sol. D'autres sont cultivées pour leurs parties externes (céréales; herbe); on les récolte en les coupant. On coupe de même les tiges de pommes de terre.

 

Extraction

On se servait soit des outils qui avaient servi à la préparation du sol (type bêche, type houe) soit d'outils plus spécialisés du type croc. A Vallorcine, pour extraire les pommes de terre, on se servait d'un petit capion à deux dents. Cet outil est du type houe, car ses dents forment un angle droit avec le manche (cf. E v'lya n° 1, p. 12) Pour ce qui est des betteraves, etc., on les arrachait à la main, par le bouquet de feuilles. Ici, comme pour les outils servant à la préparation des sols, on ne se servait pas à Vallorcine d'outils du type bêche, ce qui semble constituer une originalité par rapport au reste du monde rural.

 

Coupe

Avant de parler de l'outil qui sera la vedette de ce chapitre, la faux, disons quelques mots de son ancêtre: la faucille, encore utilisée pour certains ouvrages, à Vallorcine, jusqu'à ce jour. La faucille est en effet un des outils les plus anciens de la civilisation occidentale. On en trouve dès le néolithique (Ve millénaire av. J.C.) en pierre, puis, dès l'âge du bronze (environ 1700 à 800 av. J.C.) en métal; à l'âge du fer, elle adopte la forme et le matériau que nous connaissons encore. Rappelons que la faucille est un outil à lame en forme de croissant, monté à soie sur un manche court; le bord externe de cette lame est renforcé ou non (cf. exposition au musée vallorcin à Barberine, été 1988). A Vallorcine on l'utilisait pour toutes les opérations où l'on a par la suite utilisé la faux.

La faux a d'abord servi pour couper l'herbe; son emploi pour la moisson des céréales remonte seulement à la deuxième moitié du XVIIe siècle, probablement plus tard en Savoie.

On distingue les faux dont la potence (poignée du milieu) est placée dans le sens de la lame, on les appelle faux à lame tirée. Les autres, dont la potence est placée dans le sens opposé à la lame, sont appelées faux à lame poussée. C'est le type utilisé à Vallorcine.

La faux est accompagnée de plusieurs outils servant à son entretien. En effet, il faut battre la lame sur une enclumette: antsaple, avec un marteau: lou marté. La pierre à aiguiser est conservée dans son étui: le coffi, qui, à Vallorcine, est en bois, alors que souvent ailleurs il est en métal ou en corne, et elle trempe dans un peu d'eau (1).

 

GERBAGE ET AUTRES OPERATIONS
PRECEDANT LE RAMASSAGE

Une fois la récolte effectuée, on ne va pas tout de suite la ramasser et la stocker: il reste encore, pour les différentes cultures, un certain nombre d'opérations à effectuer.

Pour les pommes de terre: il va falloir les faire sécher brièvement sur place; ensuite on les classe par grosseur, à la main, en se servant de deux bnètes (1).

En ce qui concerne le foin, on l'étale pour qu'il sèche, avec un râteau, lou râté, (1) à dents espacées, en bois. Le foin étalé sur le pré sèche au soleil, mais il ne peut rester ainsi toute la nuit, sinon il serait trempé de rosée. Pour réduire la surface en contact avec la rosée, on le dispose en bandes parallèles, qu'on réunit ensemble de manière à former des valamonts (sortes de gros tas); on utilise pour cela un râteau de bois. On défera ces valamonts et on étendra de nouveau le foin le lendemain quand la rosée sera dissipée et que le soleil brillera de nouveau, et cela jusqu'à ce que le foin soit sec et bon à rentrer. Naturellement, en cas de pluie intempestive, il vaut mieux que le foin soit en valamonts, qu'étalé.

Pour les céréales enfin, on n'utilisait pas à Vallorcine de faux armée pour couper et coucher sur le sol la valeur d'une javelle, ni de sape, ni de javeleuse. Or, il faut savoir que quand on fauche un pré, on sort l'andain (rangée de foin ou de céréales fauchés et déposés sur le sol), en revanche quand on fauche des céréales on rentre l'andain, c'est à dire qu'on le ramène contre ce qui n'est pas encore fauché. C'est pourquoi il fallait que des ramasseurs (en général les femmes) suivent les faucheurs pour tasser avec une faucille à ramasser tenue de la main droite, les épis réunis de la main gauche, en javelles (petites bottes qui, une fois regroupées, forment une gerbe.) Ces gerbes étaient formées de javelles liées trois par trois et que l'on dressait sur le sol.

 

RAMASSAGE ET CHARGEMENT

Les pommes de terre, entassées dans deux bnètes ou hottes différentes suivant leur grosseur, sont rapportées à la maison à dos d'homme (ou de femme).

Le foin est rassemblé au râteau en trosses ou fagots qui étaient maintenues par des cordes avec des arrêts de corde ou truyes généralement marqués au fer rouge des initiales du propriétaire (1). Ce sont des pièces de bois percées d'un ou deux trous où passe la corde, qu'on noue d'une manière particulière. Ces trosses sont rapportées à la grange, à dos d'homme, ou dans des luges et, plus tardivement, dans des chars tirés à bras d'homme dans les endroits plats. On se sert du fenieu, râteau de bois à dents rapprochées, pour récupérer le maximum de petit foin que l'on remporte à la grange dans une toile: le paillet.

Pour les céréales, disons simplement qu'on rassemble les gerbes et qu'elles sont entassées dans la grange en attendant le battage. Remarquons qu'à Vallorcine on ne se servait pas de fourches en bois comme on le fait dans d'autres endroits de Savoie, ni pour faner, ni pour manipuler les gerbes, la paille, le foin, (construction de meules) ni pour charger, décharger, distribuer à l'étable, etc.; en revanche on utilisait le fer à foin ou crâsson pour tirer une certaine quantité de foin entassé dans la grange, et une scie à foin pour découper les bottes de foin entassées (1).

Les pommes de terre stockées dans les caves, le fourrage dans les granges, nous allons maintenant parler du grain qui nécessite un traitement plus complexe.

 

BATTAGE ET NETTOYAGE DU GRAIN

Une fois les céréales récoltées, on doit encore extraire les grains de l'épi, et ensuite obtenir un grain débarrassé de toutes les impuretés. Pour cela, on a recours à trois types de procédés.

Le premier, que certains se rappellent avoir vu pratiquer à Vallorcine, est certainement le plus ancien. Il s'agit du chaubage. Ce procédé consiste à saisir tout ou partie d'une gerbe et à en frapper la tête sur une surface dure; les grains détachés par le choc glissent sur le sol.

Cette opération était en général complétée par le battage au fléau: l'ifleye. Le fléau est un instrument très ancien puisqu'il a probablement fait son apparition dans le domaine gallo-romain vers le IVe siècle après J.C. (1). On battait soit tout de suite après la moisson en plein air sur une aire, le foué, soit en hiver dans les granges.

Vient ensuite le temps du vannage, opération qui consiste à séparer le grain de l'enveloppe. Le van est le plus souvent un panier en osier en forme de grande coquille, sans rebord d'un côté et muni de poignées latérales (1). On l'agite dans un courant d'air léger, le grain soulevé s'échappe vers le sol tandis que les impuretés s'envolent. Au XIXe siècle, il a été remplacé par le tarare actionné à la main (1). On stockait ensuite le grain dans des coffres à grain.

Au terme de cette étude, quelques remarques s'imposent. Tout d'abord, si nous avons noté que les outils vallorcins s'insèrent sans aucun doute dans un contexte français et même européen, nous devons souligner d'une part que certains outils ailleurs utilisés n'ont jamais existé à Vallorcine où la pauvreté a conduit les paysans à se servir avec ingéniosité du même outil pour des usages variés; d'autre part que les conditions naturelles, en particulier le relief, ont exigé la création d'outils originaux. Rappelons entre autres le solevieu, le fasseu, la delabre (cf. n° 1 d'E v'lya). La très bonne technicité de ces outils ainsi que leurs noms originaux témoignent donc non seulement de notre passé, mais encore en signalent la richesse et l'inventivité; c'est pourquoi nous pensons que ces outils méritent d'être intégrés pleinement à notre patrimoine local, mais aussi au patrimoine universel.

Nota: Le classement typologique utilisé dans cet article est celui des A.T.P. (Techniques de production: l'agriculture, par Mariel J. Brunhes Delamare et Hugues Hairy).

Merci à M. et Mme Camille Ancey pour leur aide et leurs renseignements pertinents ainsi qu'à tous ceux qui nous ont apporté des compléments d'information, en particulier lors de l'exposition à la Maison de Barberine, musée vallorcin.

Françoise et Yvette Ancey

(1) Cf. exposition.

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